Nigeria: Boko Haram veut «contrôler les cœurs et les esprits»

Société Boko Haram tente de s'attirer la sympathie des populations en se positionnant comme «un guide» et en semblant s'inspirer de la stratégie de communication de Daesh...

20 Minutes avec agences
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Des islamistes de Boko Haram, dans une vidéo de propagande publiée le 9 novembre 2014.
Des islamistes de Boko Haram, dans une vidéo de propagande publiée le 9 novembre 2014. — HO / BOKO HARAM / AFP

Figurant en bonne place sur la liste noire des organisations terroristes établie par Washington, le groupe islamiste Boko Haram cherche à persuader la population nigériane de rester dans les zones où il a proclamé un «califat», en août dernier.

En utilisant une stratégie délibérée pour renforcer son autorité, selon un expert en sécurité, Abdullahi Bawa Wase, Boko Haram «tend désormais vers une forme d'assistanat de la population, en promettant surtout qu'elle sera en sécurité» dans leurs territoires, estime l'ancien ambassadeur américain au Nigeria, John Campbell. 

Un gouvernement alternatif

«Ils se sont positionnés comme un gouvernement alternatif, à la suite du retrait des institutions de l'Etat dans les zones passées sous leur contrôle», ajoute, de son côté, Abdullahi Bawa Wase. «Et en dirigeant indirectement ou avec plus de distance cela limite les risques pour les islamistes alors qu'ils essayent de gagner, du moins de contrôler, les coeurs et les esprits de la population locale», note Mark Schroeder, vice-président du think tank américain, Stratfor.

Boko Haram, selon plusieurs experts, semble surtout s'inspirer de la redoutable stratégie de communication du groupe extrémiste Etat Islamique (EI) en Irak et en Syrie. Et ainsi, une vidéo de propagande de Boko Haram, obtenue par l'AFP la semaine dernière, montre une communauté non-identifiée qui se dit heureuse d'être passée sous le contrôle des islamistes. 

«Le guide spirituel d'une communauté désespérée»

Alors que la plupart des vidéos précédentes du leader Abubakar Shekau «étaient un concentré de vitriol anti-nigérians, anti-occident délivré par un homme fou furieux», à l'heure actuelle, Shekau se présente comme «un théologien posé, qui se fait le guide spirituel d'une communauté désespérée», estime Ryan Cummings, expert en sécurité pour la société Red24.

Que ces scènes, selon cet expert, soient mises en scène ou non, elles discréditent la parole du gouvernement nigérian, qui présente Boko Haram comme un groupe de criminels sans autre but que de faire régner la violence.

Pour rappel, le groupe armé, qui prône un islamisme radical, a tué plus de 13.000 personnes depuis 2009 dans des opérations meurtrières qui ne cessent de monter en puissance.