Libération des Américains en Corée du Nord: Le récit épique du chef du renseignement américain

COREE DU NORD Entre panne d'avion, dîner à 12 plats, propagande et attente interminable, l'envoyé américain raconte sa mission secrète...

M.C. avec AFP

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Matthew Miller (en haut), l'un des deux prisonniers américains libérés de Corée du Nord, de  retour aux Etats-Unis, le 8 novembre 2014.
Matthew Miller (en haut), l'un des deux prisonniers américains libérés de Corée du Nord, de retour aux Etats-Unis, le 8 novembre 2014. — Ted S. Warren/AP/SIPA

Une panne d'avion à Hawaï, un trajet «interminable» en voiture, un dîner coréen en 12 plats, de la propagande nord-coréenne pour seule lecture, le chef du renseignement américain James Clapper raconte sa mission secrète qui a permis la libération de deux Américains détenus en Corée du Nord.

Selon le site du Wall Street Journal, Pyongyang avait fait savoir aux Etats-Unis début novembre être prêt à recevoir une délégation américaine conduite par de hauts responsables américains pour discuter de la libération de Kenneth Bae et Matthew Todd Miller. Dans les heures qui suivent, la Maison Blanche décide d'envoyer James Clapper après un briefing stratégique sur «quoi dire et quoi ne pas dire», a-t-il raconté au journal.

«Ils étaient déçus, c'est peu de le dire»

Parti de Washington la nuit du 4 novembre, il reste bloqué pendant un jour et demi à Hawaï car son avion est tombé en panne. Accueilli le 7 novembre par le ministre de la Sécurité de l'Etat, le général Kim Won Hong, il est embarqué avec sa poignée d'accompagnateurs pour un trajet «interminable» de 45 minutes en voiture.

La discussion «a démarré immédiatement» avec le général. «Il s'attendaient à une grande avancée quelconque. Que j'allais leur offrir quelque chose d'important, une reconnaissance, un traité de paix, peu importe. Bien sûr, je n'étais pas là pour ça alors ils étaient déçus, c'est peu de le dire».

S'ensuit un dîner dans un restaurant -12 plats et près de 3 heures- où les protagonistes abordent la géopolitique de la péninsule coréenne, et à l'issue duquel James Clapper «présente la lettre du président» Barack Obama, écrite en anglais. Elle le présentait comme un envoyé du président et qualifiait l'éventuelle libération des deux Américains de «geste positif» mais «aucune excuse».

Clapper «rétrogradé», Pyongyang «ne peut plus garantir sa sécurité»

Le lendemain, il reste confiné dans sa chambre pendant que le médecin qui l'accompagnait rend visite aux deux prisonniers américains. Avec pour seule lecture, deux magazines de propagande montrant des nord-coréens souriants cueillant des pommes et préparant des fruits de mer.

En milieu de journée, un responsable lui annonce qu'il a été «rétrogradé» et n'est plus considéré comme un envoyé de Barack Obama. De ce fait, raconte-t-il, le gouvernement nord-coréen «ne peut plus garantir ma sécurité». Trois heures plus tard, on l'informe que sa délégation a 20 minutes pour ranger ses affaires. Conduits dans un hôtel de luxe, ils se retrouvent face à des responsables du bureau du procureur tandis que les deux Américains, en tenue de prisonniers, sont escortés dans la salle.

«Kim Won Hong Kim s'est tourné vers moi et a dit qu'il espérait que nous pourrions dialoguer à l'avenir, mais pas au sujet des détenus», raconte James Clapper, qui explique l'avoir remercié après s'être serrés la main. Sur la route vers l'aéroport, un jeune responsable nord-coréen exprime ses regrets concernant la séparation des deux Corées et demande s'il reviendra à Pyongyang. «Je pense réellement que ça donne place à l'optimisme», estime James Clapper.