Faut-il s’inquiéter de l’état actuel de l’économie russe?

CONJONCTURE «20 Minutes» fait le point sur l’impact économique de la crise ukrainienne à la veille du G20 de Brisbane où se rend le président russe Vladimir Poutine…

Bertrand de Volontat

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Barack Obama et Vladimir Poutine le 11 novembre 2014 à Pekin
Barack Obama et Vladimir Poutine le 11 novembre 2014 à Pekin — Alexey Druzhinin Pool

La Russie est-elle une bombe à retardement? Alors que Moscou dément toute présence de ses troupes dans l'Est de l'Ukraine, région aux mains de séparatistes prorusses, Londres a menacé ce vendredi Moscou de nouvelles sanctions si elle ne s'engageait pas à résoudre le conflit en Ukraine. Des menaces qui interviennent alors que l’économie russe vacille.

Un rouble affaiblit de toute part

Tout autant que ses différends géopolitiques, la Russie doit gérer une économie fébrile. Depuis le début de l'année, le rouble a perdu près du quart de sa valeur face à l'euro et près du tiers face au dollar, essentiellement plombé par la crise ukrainienne et les sanctions occidentales visant Moscou. La banque centrale russe a estimé ce lundi que les fuites de capitaux en découlant atteindraient 128 milliards de dollars sur l'année. «Le rouble va connaitre de nouvelles périodes de turbulences dans les semaines à venir, explique Jacques Sapir économiste, directeur d’études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales. C’est un marché à éviter car nous assistons à une bataille quotidienne entre les fonds spéculatifs et la Banque centrale russe qui intervient monétairement par à-coup.»

L’autre explication à la chute du rouble est la baisse des prix du pétrole (de 110 dollars le baril à moins de 80 en six mois, au plus bas depuis 2010). Ce pétrole représente à lui seul la moitié des rentrées budgétaires de la Russie. Les économistes de la banque russe Alfa ont estimé récemment qu'une chute de 10 dollars du baril coûtait 10 milliards au budget fédéral russe et 0,4 point de croissance du produit intérieur brut sur un an, note l’AFP. Selon Jacques Sapir, l’Arabie saoudite, qui a largement baissé ses prix, agirait «à la demande des Etats-Unis pour faire pression sur la Russie» qui dépend du Golfe pour fixer le prix ses exportations d'or noir. Le problème de cette stratégie, c'est que les Saoudiens «perdent de l’argent et devrait remonter leurs prix au printemps 2015», assure l’économiste.

Un rouble faible, une bonne nouvelle ?

Toujours est-il que pour l’heure c’est une mauvaise nouvelle pour Moscou, dont l'économie se trouve au bord de la récession et qui a grand besoin de financement pour soutenir l'activité. «La baisse de la monnaie ne peut pas être perçue comme positive», explique Dominique Colas, professeur à Sciences Po. En outre, le phénomène fait flamber les prix, affectant directement la consommation des ménages. «La forte dépréciation entraîne une bouffée d’inflation qui va augmenter d’un tiers d’ici la fin de l’année (de 6,2 à 8% en trois mois)». «D’autant qu’elle est associée à une faible croissance (estimée à 0,3% en 2014)», ajoute le spécialiste.

Mais tout n’est pas si noir pour la Russie relativise Jacques Sapir: «Les Etats-Unis pensaient déstabiliser le gouvernement mais Moscou a les moyens d’encaisser le choc avec en réserves l’équivalent de 16 mois d’importations.» Un rouble faible permet aussi d’améliorer la compétitivité des entreprises russes.

Quelles conséquences pour l’Europe?

Sur le plan européen, d’après Dominique Colas, la crise économique russe «n’aura pas d’impact considérable car peu de pays exportateurs dépendent exclusivement de la Russie». Pour Jacques Sapir, les sanctions européennes qui arrivent bientôt à terme devraient se prolonger sans être aggravées pour des raisons qui ne relèvent pas de l’économie. «Les Européens y perdent déjà, les industriels allemands sont vent debout, les Français commencent à s’inquiéter car il difficile de revenir sur des marchés perdus, analyse-t-il. L’inquiétude est plus d’ordre politique qu’économique».