Manifestation à Raipur après la mort de femmes stérilisées par un chirurgien dans le cadre d'un programme gouvernemental, le 12 novembre 2014 en Inde
Manifestation à Raipur après la mort de femmes stérilisées par un chirurgien dans le cadre d'un programme gouvernemental, le 12 novembre 2014 en Inde — - AFP

MONDE

Stérilisation des femmes en Inde: Un phénomène régi par un système d’«objectifs»

Treize femmes sont mortes après une campagne de stérilisation en Inde…

La police indienne a arrêté un chirurgien ayant stérilisé samedi des dizaines de femmes dans le centre du pays dont 13 sont mortes et de nombreuses autres sont hospitalisées pour des complications, a annoncé jeudi un responsable de la police locale.

En effet, R.K. Gupta avait stérilisé 80 femmes en cinq heures, samedi, dans un camp organisé par le gouvernement de l'Etat de Chhattisgarh, dans un village situé à une centaine de kilomètres de la capitale, Raipur. Ces femmes avaient été indemnisées 1.400 roupies (près de 20 euros) dans le cadre d'un programme de stérilisation financé par l'Etat pour limiter la croissance de la population. Mais ce drame vient de relancer les appels des ONG en faveur d'une réforme du planning familial dans le pays.

«Pressé» par le gouvernement de l’Etat

La stérilisation est l'une des méthodes les plus répandues de planning familial en Inde, où nombre d'États organisent des opérations de masse visant généralement les femmes des zones rurales. Il s'agit en théorie d'une démarche volontaire mais selon des ONG, les femmes sont souvent peu informées et soumises à de fortes pressions de la part d'employés des gouvernements locaux. Ces ONG dénoncent les conditions d'hygiène souvent déplorables dans lesquelles ont lieu les opérations.

>> Mort de femmes en Inde: La stérilisation de masse en questions

Le médecin a assuré pour sa part qu'il avait été pressé par le gouvernement de l'Etat de conduire ces opérations à la chaîne et il a mis en cause les médicaments administrés pour ces interventions. «Ce n'est pas ma faute, l'administration m'a mis sous pression pour que je remplisse les objectifs», a dit Gupta cité par la chaîne NDTV.

Des services «sacrifiés au profit d'une approche centrée sur les objectifs»

L'ONG Human Rights Watch (HRW) estime que l’Inde a un lourd passé de décès dus à une stérilisation, en partie parce que les employés du secteur de la santé sont poussés à recruter à tout prix des femmes pour remplir des objectifs mensuels «informels», souvent en dépit de la sécurité. 

Car dès 1970, cette politique avec des objectifs chiffrés pour les agents de santé chargés de recruter les volontaires a été mise en place par l'Etat central, mentionne l’Express. Théoriquement, ces pratiques n'ont plus lieu mais un rapport de l'ONG Human Right Watch, paru en 2012, évoquait en effet des menaces contre les services de santé s'ils ne remplissaient pas ces objectifs sur la contraception, soit plus de 50 stérilisations par jour, indique La Croix.

«L'accès à l'information, l'information sur le consentement et la qualité des services sont souvent sacrifiés au profit d'une approche centrée sur les objectifs», explique la chercheuse Aruna Kashyap, cité sur le site de l'ONG. Dans ce contexte, «les femmes ne sont pas forcément informées des méthodes de contraception disponibles, de l'aspect irréversible de la stérilisation ou des complications possibles», ajoute-t-elle.