Mort de dix femmes en Inde: La stérilisation de masse en questions

FEMMES La pratique est dénoncée depuis des années par les ONG...

Nicolas Beunaiche
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Capture d'écran d'une vidéo mise en ligne par Wochit General News, dans laquelle on voit une Indienne conduite à l'hôpital après une opération de stérilisation qui a mal tourné, le mardi 11 novembre 2014, à Bilaspur.
Capture d'écran d'une vidéo mise en ligne par Wochit General News, dans laquelle on voit une Indienne conduite à l'hôpital après une opération de stérilisation qui a mal tourné, le mardi 11 novembre 2014, à Bilaspur. — REUTERS / WOCHIT

Elles étaient venues se faire stériliser en échange de 1.400 roupies (18 euros), dans le cadre d’un programme national. Dix Indiennes ont finalement trouvé la mort plusieurs heures après leur opération, ce mardi, tandis qu’une soixantaine d’autres ont dû être hospitalisées dans l’Etat de Chhattisgarh, dans le centre du pays. Un drame qui fait écho aux critiques adressées depuis des années à la stérilisation de masse.

En Inde, le camp de Bilaspur, où avait lieu la campagne de l’Etat, est loin d’être un laboratoire expérimental. Des opérations de stérilisation sont en fait régulièrement organisées dans divers Etats du pays dans le cadre d’un programme prévoyant une indemnisation pour les femmes volontaires mais aussi une commission de 200 roupies (moins de trois euros) pour les travailleurs sanitaires chargés du rabattage. Une incitation financière dénoncée par les ONG. «Il s’agit d’une forme de coercition des femmes plus faibles et marginalisées», explique à Sky News Sona Sharma, de Population Foundation of India, qui précise que les hommes, eux, échappent encore à la stérilisation.

Des femmes abandonnées dans un champ

Pour remplir leurs objectifs chiffrés, certains gouvernements n’hésitent pas à offrir des biens aux volontaires, tels que des véhicules ou de l’électroménager. En 2011, le district de Jhunjhunu, dans le Rajasthan, avait même organisé une loterie à destination des femmes, dont le premier prix était une voiture Nano, la moins chère du monde. Le risque, déplorent les ONG: bâcler les opérations pour maintenir le rythme fixé par les autorités. Selon Amar Singh Thakur, un responsable des services de santé du district de Bilaspur, 83 femmes auraient été opérées samedi en l’espace de six heures. Une cadence intenable, pour les familles des victimes, qui se sont plaintes du nombre excessif de femmes présentes sur le camp samedi.



«La qualité des soins et des opérations est très pauvre dans la plupart des camps», indique par ailleurs Sona Sharma. A l’inverse, «le taux d’infections est très haut, ajoute-t-elle. Malgré l’existence de procédures réglementées, dans l’urgence et pour atteindre les objectifs officiels, ces procédures ne sont jamais suivies.» L’an dernier, les autorités du Bengale occidental, dans l’est du pays, avaient d’ailleurs été vivement critiquées après la diffusion d’images montrant des femmes laissées inconscientes dans un champ après une opération de stérilisation de masse dans un hôpital incapable d'accueillir un nombre important de patientes.

«Il doit y avoir des sanctions»

Que s’est-il exactement passé à Bilaspur? Impossible à dire, pour le moment. Des médecins de l’Etat interrogés par l’AFP pointent le rôle des médicaments qui ont été administrés aux victimes après l’opération. Mais les autorités se gardent bien de se livrer à des pronostics. «Il n’y a pas eu de négligence, le médecin qui exerçait était expérimenté», s’est défendu toutefois le principal responsable du secteur de la santé du district de Bilaspur, R.K. Bhange, auprès du quotidien Indian Express. «Nous n'aurons des explications qu'une fois les autopsies achevées», a quant à lui déclaré Ramnesh Murthy, le médecin chef du principal hôpital de Bilaspur.

Quel que soit leur résultat, il ne devrait cependant pas stopper le débat autour de la stérilisation de masse en Inde. Des membres du Congrès ont déjà appelé des responsables politiques à la démission, tandis que les Nations unies ont exprimé leur inquiétude. «Si les faits sont confirmés, alors une grave tragédie humaine s’est déroulée, a déclaré Kate Gilmore, au nom du Fonds des Nations unies pour la population. Là où il y a non-respect des standards cliniques, il doit y avoir des sanctions.»

8 people die in a Sterilisation Camp in Chattisgarh. Govt must take a stern action against them. Can't imagine how could this happen ?
— digvijaya singh (@digvijaya_28) November 11, 2014



And that too in Health Minister's Constituency ! He must resign.
— digvijaya singh (@digvijaya_28) November 11, 2014