Les Palestiniens, plus divisés que jamais commémorent la mort d'Arafat

© 2014 AFP

— 

Des Palestiniens se recueillent devant la tombe de Yasser Arafat au 10e anniversaire de sa mort le 10 novembre 2014 à Ramallah
Des Palestiniens se recueillent devant la tombe de Yasser Arafat au 10e anniversaire de sa mort le 10 novembre 2014 à Ramallah — Abbas Momani AFP

Les Palestiniens commémoraient mardi le dixième anniversaire de la mort de Yasser Arafat, figure emblématique de la lutte pour l'indépendance, dans un climat de divisions qui a empêché la tenue des célébrations dans la bande de Gaza.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a accusé mardi le Hamas islamiste de «saboter» et de «détruire» la réconciliation palestinienne, après qu'une série d'explosions eut visé les biens des cadres de son parti, le Fatah, dans la bande de Gaza.

«Ceux qui ont perpétré les explosions à Gaza sont les dirigeants du Hamas, et ils sont responsables», a lancé M. Abbas lors d'un discours à Ramallah à l'occasion du 10ème anniversaire de la mort de Yasser Arafat.

Le contraste était de fait saisissant entre Gaza et Ramallah, la capitale de l'Autorité palestinienne. Dans cette ville de Cisjordanie occupée, des milliers de personnes ont brandi le drapeau jaune du Fatah dans la Mouqataa où Arafat a été enterré après son décès dans un hôpital parisien le 11 novembre 2004.

La foule se pressait derrière un parterre de responsables du parti, tandis que fanfares, chorales, drapeaux palestiniens et délégations venues de Cisjordanie occupée s'agitaient.

«L'heure de la liberté et de l'indépendance a sonné», proclamait un poster géant sur l'estrade où Mahmoud Abbas, le successeur d'Arafat, devait prononcer un discours.

A Gaza, au contraire, aucune banderole ni portrait du leader défunt n'a été accroché sur les murs. L'estrade qui devait accueillir la cérémonie de commémoration porte encore les stigmates de l'explosion qui l'a visée vendredi.

«On espérait que cet anniversaire marquerait la fin de la division palestinienne et prouverait l'unité nationale. Que le Hamas serait aux côtés du Fatah pour cet hommage», a regretté Souheila Barbah, une jeune gazaouie.

Abou Ammar, du nom de guerre d'Arafat, «incarnait l'unité nationale», se rappelle Refaat Hajaj, un trentenaire gazaoui. «On nous a privés de cet anniversaire. Mais l'histoire ne pardonnera pas à ceux qui freinent le plan d'Abou Ammar pour la libération de la Palestine».

Au lieu de l'unité sacrée, la bande de Gaza, où le Hamas rechigne à remettre les clés du pouvoir à l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, successeur d'Arafat et chef de son parti le Fatah, s'est réveillée mardi plus divisée que jamais. Après la série d'explosions ayant visé vendredi les maisons et les voitures des cadres du Fatah, le Hamas avait annoncé que sa police ne pourrait pas sécuriser les célébrations qui ont, de ce fait, été annulées.

Des dirigeants du Fatah ont pointé du doigt le Hamas. Ce dernier a condamné ces attentats et dénoncé une campagne contre lui. Et la division, qui avait déjà mené en 2007 à une quasi-guerre civile, s'est un peu plus aggravée.

Privé de sa victoire aux législatives de 2006, le Hamas avait chassé un an plus tard le Fatah de Gaza. Au printemps, les Palestiniens, réconciliés, ont formé un gouvernement d'union et le Fatah avait été autorisé, pour la première fois depuis 2007, à célébrer l'anniversaire de la mort de son chef historique à Gaza.

Mais l'union a fait long feu et le porte-parole du Fatah à Gaza, Fayez Abou Eita, dénonçait mardi «les prétextes du Hamas pour se soustraire à ses responsabilités». Il réclamait une enquête sur les explosions «terroristes».

- Indépendance et 'résistance armée' -

Mahmoud Abbas a récemment annoncé qu'il déposerait d'ici la fin novembre son projet de résolution à l'ONU.

En 2012, les Palestiniens ont obtenu le statut d'Etat observateur à l'ONU mais ils entendent désormais soumettre au Conseil de sécurité un calendrier pour la fin de l'occupation israélienne.

Ce texte devrait en l'état être rejeté par un veto américain. Aussi les Palestiniens ont-ils déjà prévu d'autres étapes: l'adhésion à la Cour pénale internationale qui leur permettrait de pousuivre les dirigeants israéliens pour «crimes de guerre», et la rupture des accords de coopération sécuritaire avec Israël.

Pourquoi attendre?, a lancé de sa prison israélienne Marwan Barghouthi, figure du Fatah et leader de la deuxième Intifada (2000-2005).

Il faut «mettre fin immédiatement à la coopération sécuritaire» qui fait des policiers palestiniens des «supplétifs de l'occupant», a lancé celui qui est présenté comme la principale menace pour M. Abbas si jamais il pouvait concourir à une présidentielle.

«Poursuivre le choix de la résistance globale et armée», c'est «être fidèle à l'héritage d'Arafat», poursuit-il dans une lettre publiée par la presse.

Le spectre d'un nouveau soulèvement se fait de plus en plus précis en Palestine: les violences, désormais ininterrompues à Jérusalem, ont gagné les villes arabes d'Israël et la Cisjordanie occupée.