Corée du Nord: Tout comprendre à la libération des deux derniers prisonniers américains

COREE DU NORD Kenneth Bae et Matthew Miller étaient retenus en Corée du Nord respectivement depuis deux ans et sept mois...

Mathias Cena

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Matthew Miller lors de son procès en Corée du Nord, le 14 septembre 2014. Lancer le diaporama
Matthew Miller lors de son procès en Corée du Nord, le 14 septembre 2014. — Kim Kwang Hyon/AP/SIPA

Les deux derniers prisonniers américains en Corée du Nord ont été libérés à la faveur d'une mission secrète sans précédent à Pyongyang du patron du renseignement américain; «un jour merveilleux», s'est réjoui Barack Obama. 20 Minutes fait le point sur les enjeux qui ont conduit à cette libération.

De quoi les prisonniers étaient-ils accusés?

Kenneth Bae et Matthew Miller étaient retenus en Corée du Nord respectivement depuis deux ans et sept mois. Le premier avait été condamné à 15 ans de travaux forcés en avril 2013. Il était accusé d'être un militant chrétien évangéliste cherchant à renverser le gouvernement nord-coréen.

Matthew Todd Miller, âgé de 24 ans, avait de son côté été condamné à six ans de travaux forcés par la Cour suprême de Corée du Nord à la suite de son arrestation en avril, après avoir, selon Pyongyang, déchiré son visa et demandé l'asile auprès du régime communiste.

Leur libération suit celle d'un autre Américain il y a deux semaines. Jeffrey Fowle, entré en Corée au mois d'avril, avait été emprisonné officiellement pour avoir laissé une Bible dans un hôtel.

Comment ont-ils été libérés?

C'est le directeur du renseignement national (DNI) James Clapper en personne qui est venu chercher les deux hommes. Il s'est rendu en Corée du Nord et a engagé, «des discussions avec la République populaire de Corée du Nord», a précisé le département d'Etat, sans dire quand la mission secrète avait commencé.

Les autorités américaines, qui ne sont pas rentrés dans les détails de la négociation, n’ont pas précisé si James Clapper avait rencontré Kim Jong Un ou un autre haut responsable du régime, se contentant d’affirmer que l’opération n’était pas liée à la prochaine visite de Barack Obama en Chine, en Birmanie et en Australie. Après ces trois libérations, il n'y a, officiellement, plus d'Américains prisonniers en Corée du Nord.

Pourquoi ce soudain revirement de la Corée du Nord?

Les Etats-Unis se sont hâtés d'ajouter qu’il «n'y a pas eu de contrepartie» à la remise en liberté des deux hommes. «Cela pourrait signifier que l'exécutif nord-coréen est enclin à explorer la possibilité de reprendre le dialogue avec les Etats-Unis», a avancé Paul Carroll, un expert de ce pays au sein du Ploughshares Fund à San Francisco.

Le régime, dont les relations sont tendues avec tous ses voisins, y compris la Chine, est aussi menacé par un projet de résolution des Nations unies appelant à une enquête sur les crimes contre l’humanité commis sur son peuple.

Pyongyang, que cette perspective inquiète, a fait plusieurs concessions ces dernières semaines, envoyant une délégation en Corée du Sud, montrant des velléités de reprendre les pourparlers sur le nucléaire et promettant une «enquête sérieuse» au Japon au sujet des ressortissants nippons kidnappés par Pyongyang dans les années 1970-80. Ces trois libérations pourraient faire partie de cette même «offensive de charme» internationale.