L’alcool plus dangereux que l’ecstasy

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Pour la Cour des comptes, rien ou presque n'a été fait en quatre ans pour améliorer la politique publique de lutte contre l'alcoolisme, entravée, selon elle, par "le poids économique du secteur de la production et de la commercialisation de l'alcool".
Pour la Cour des comptes, rien ou presque n'a été fait en quatre ans pour améliorer la politique publique de lutte contre l'alcoolisme, entravée, selon elle, par "le poids économique du secteur de la production et de la commercialisation de l'alcool". — AFP/DDP/Archives

Rapport choc au pays de la «lager» et du gin: l’alcool serait plus nocif que le LSD, l’ecstasy et le cannabis. Des scientifiques parmi les plus reconnus —certains conseillent le gouvernement Blair— remettent en question la classification officielle des drogues dans une étude publiée par «The Lancet», revue médicale de référence. Selon eux, le système actuel serait «arbitraire».

La nouvelle étude porte sur vingt substances et tente de mieux prendre en compte les effets sociaux de la consommation de ces drogues. L’alcool remonte à la cinquième place, bien devant le cannabis (onzième), le LSD (quatorzième) et l’ecstasy (dix-huitième).

«Cette dernière ne cause que dix morts par an parmi ses 500.000 utilisateurs», argumente le professeur David Nutt, un des auteurs du rapport interviewé par The Guardian. Mais, rappelle-t-il, toutes les drogues sont dangereuses. Même celles que le grand public consomme régulièrement et aime beaucoup, comme la bière. L’héroïne et la cocaïne demeurent à la tête des drogues les plus néfastes.

«Les politiques des quarante dernières années n’ont pas réduit la consommation de drogues, a expliqué au Guardian David Nutt. Nous devons donc porter un regard nouveau et dépassionné sur ce problème.»

«Traiter le public en adulte»

Le débat est engagé. L’opposition conservatrice rejette toute remise en cause du classement actuel. Cela affaiblirait le message envoyé aux citoyens et pourrait leur faire croire que la consommation de drogues est sans danger.

« Il faut traiter le public en adulte : il faut leur dire la vérité et travailler avec lui pour diminuer la consommation de drogues, défend le professeur Nutt. Sinon, il verra qu’on lui ment et ne tiendra plus compte de nos appels à réduire la consommation de stupéfiants.»

Les auteurs souhaitent mettre en place un nouveau classement qui pourrait évoluer selon les avancées de leurs recherches.

Classement partiel des scientifiques britanniques:

Héroïne (1e)
Cocaïne (2e)
Alcool (5e)
Ketamine (6e)
Tabac (9e)
Amphétamines (speed, 10e)
Cannabis (11e)
LSD (14e)
Ecstasy (18e)