Burkina Faso: Qui est le lieutenant-colonel Isaac Zida?

PORTRAIT Ce membre de la garde présidentilele de Blaise Compaoré était jusqu’à samedi un quasi-inconnu...

Bérénice Dubuc

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Le lieutenant-colonel Isaac Zida, le 3 novembre 2014 lors d'une rencontre avec le corps diplomatique à Ouagadougou
Le lieutenant-colonel Isaac Zida, le 3 novembre 2014 lors d'une rencontre avec le corps diplomatique à Ouagadougou — Issouf Sanogo AFP

«Le lieutenant-colonel Zida Isaac a été retenu à l'unanimité pour conduire la période de transition ouverte après le départ du pouvoir du président Blaise Compaoré.» C’est en ces termes que le chef d'état-major adjoint des armées du Burkina Faso a annoncé samedi le nom du nouvel homme fort du pays, faisant passer cet officier quasi-inconnu, de l’ombre à la lumière.

Commandant en second du régiment de sécurité présidentielle, Yacouba Isaac Zida est né le 16 novembre 1965 à Yako, dans la province du Passoré. Selon RFI, il a suivi des études d’anglais à l'université de Ouagadougou jusqu'en 1989, avant d'intégrer le Centre d'entraînement commando de Pô en 1993, et de suivre une formation militaire à l'étranger (Maroc, Taïwan, Canada, Cameroun).  Il est également titulaire d'un master en management international de l'université Jean Moulin de Lyon.

Apprécié de ses hommes

En 1996, il intègre le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), unité d'élite de l'armée qui assure la sécurité de Blaise Compaoré. Il gravit les échelons un à un, pour finalement assumer à partir de 2011 la charge de Chef de corps adjoint. Marié et père de trois enfants, Isaac Zida, qui arbore une fine moustache et des lunettes sans montures, a été officier de liaison durant la crise ivoirienne (2002-2011) dans le cadre de la médiation que menait Blaise Compaoré.

Officier discipliné et apprécié de ses hommes, il a exercé ses talents entre 2008 et 2009 comme Casque bleu au sein de la Mission onusienne en République démocratique du Congo avant de suivre en 2012 une formation antiterroriste en Floride. Pourtant, ce n’est que vendredi dernier, place de la Nation, rebaptisée «Place de la Révolution», à Ouagadougou, qu’il s’est fait connaître de l’opinion burkinabé.

A la foule qui vient d’apprendre la démission du président Compaoré, cet officier discret et calme promet, apparaissant au côté de membres de la société civile, que c’est le «peuple du Burkina Faso» qui est «désormais acteur et témoin de son histoire». Dès l’annonce de sa nomination, il persévère, indiquant dans sa déclaration officielle de prise de pouvoir qu’il entend diriger le pays au cours d’une «transition démocratique apaisée», définie «de manière consensuelle, avec l’ensemble des partis politiques et les organisations de la société civile».

Gages de bonne foi

«Le pouvoir ne nous intéresse pas, seul l'intérêt supérieur de la Nation prime», a-t-il martelé. Et, après des consultations avec les chefs de file des partis politiques et de la société civile ce week-end, il a promis ce lundi que «le pouvoir exécutif sera conduit par un organe de transition dans un cadre constitutionnel (...) dirigé par une personnalité consensuelle désignée par tous les acteurs de la vie nationale».

Une déclaration, sans doute à destination de l'opposition et de la population, qui exigent depuis samedi un régime de transition dirigé par un civil. Car, outre son statut de militaire de carrière, Isaac Zida pâtit aussi de ses liens avec le régime déchu: originaire de la même région que le général Gilbert Diendéré, le chef d'état-major particulier de Compaoré, et ferait «partie des mêmes réseaux que Diendéré», selon une source sécuritaire citée par l’AFP, qui note: «Certains se méfient de lui.»