Burkina Faso: L'armée prend le pouvoir et instaure un couvre-feu national

REVOLTE Des milliers de manifestants ont protesté toute la journée contre une réforme permettant au président de rester au pouvoir...

Vincent Vantighem

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Le Burkina Faso s'est enflammé jeudi contre le régime du président Blaise Compaoré, le 30 octobre 2014.
Le Burkina Faso s'est enflammé jeudi contre le régime du président Blaise Compaoré, le 30 octobre 2014. — Theo Renaut/AP/SIPA

L'armée a finalement pris les choses en main à Ougadougou. Ce jeudi soir, elle a annoncé la dissolution du gouvernement et de l'assemblée et la mise en place d'un organe de transition à l'issue d'une journée d'émeute contre le président Blaise Compaoré. Les pouvoirs exécutifs et législatifs seront assumés par un organe de transition, avec l'objectif d'un retour à l'ordre constitutionnel «dans un délai de douze mois», selon un communiqué du chef d'état-major des armées Nabéré Honoré Traoré. Par ailleurs, un couvre-feu est instauré jusqu'à 6h du matin.

Depuis le début de la matinée, les manifestants entouraient le palais présidentiel à Ouagadougou. Appelé à la démission par les opposants, le président Blaise Compaoré, avait indiqué qu'il entamait des «pourparlers avec toutes les parties». Selon Radio France Internationale, il était toujours dans son palais présidentiel.

>> Décryptage: Pourquoi le Burkina s'embrase?

A l'origine de ces tensions dans ce pays pourtant habituellement calme de l'Afrique sub-saharienne, un projet de réforme constitutionnelle. Après 27 ans au pouvoir, Blaise Compaoré comptait sur cette réforme modifiant la Constitution pour pouvoir briguer un cinquième mandat. Face aux tensions dans tout le pays, l'examen de ce texte a finalement été suspendu.

Trois morts selon l'Agence Reuters

D'après les informations de l'Agence France Presse, le général en retraite Kouamé Lougué, qui semble avoir le soutien des manifestants, aurait rencontré l'état-major des armées dans l'après-midi. Ancien ministre de la Défense, limogé en 2003, il était, toujours selon l'AFP en pourparlers avec les plus hauts gradés du pays.

Assemblée nationale en feu, télévision publique prise d'assaut: la journée de jeudi a été le point d'orgue d'une semaine de mobilisation dans la rue pour dénoncer ce que les manifestants nomment un «Coup d'état constitutionnel». La famille de Blaise Compaoré a aussi été la cible des manifestants. Notamment son frère. Alors que des manifestants se dirigeaient vers sa résidence, ses gardes auraient ouvert le feu, tuant trois personnes, selon l'Agence Reuters.

La Constitution modifiée par deux fois

Après avoir déjà fait modifier la Constitution par deux fois pour se maintenir au pouvoir, Blaise Compaoré avait promis aux Burkinais un référendum s'il se lançait dans une nouvelle réforme Constitutionnelle. C'est après avoir annoncé qu'il allait finalement passer par la voie législative que les habitants sont sortis dans la rue.