Que se passe-t-il au Burkina Faso?

MONDE Le pays s’enflamme ce jeudi contre le régime du président Blaise Compaoré…

A.Ch.
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Des manifestants à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 28 octobre 2014.
Des manifestants à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 28 octobre 2014. — GARCIA SOPHIE/SIPA

Le Burkina Faso a plongé ce jeudi dans la violence alors qu’un vote d’une révision constitutionnelle devait avoir lieu à l’Assemblée. Les violences ont fait un mort et le gouvernement a appelé en milieu de journée «au calme et à la retenue». Pourquoi Ouagadougou a-t-elle sombré dans le chaos?

Les raisons de la colère: Un vote pour maintenir Blaise Compaoré au pouvoir

Ce jeudi devait avoir lieu le vote d’une réforme de la constitution burkinabé, qui aurait permis de porter de deux à trois le nombre maximum de quinquennats présidentiels. Blaise Compaoré, l’actuel président, en aurait profité puisqu’il achève en 2015 son second mandat de cinq ans, après déjà deux septennats de 1992 à 2005 et deux quinquennats. L’opposition au gouvernement estime même que Blaise Compaoré pourrait jouer sur la non rétroactivité de la loi pour briguer non pas un quinquennat supplémentaire mais trois. Sans compter que le président est coutumier des réformes à son avantage: il a déjà modifié deux fois l’article 37 sur le nombre de mandats pour se maintenir au pouvoir.

Qui conteste ce vote?

L’opposition, qui aimerait chasser Blaise Compaoré du pouvoir, se prend à rêver de Printemps arabe au Burkina: «Le 30 octobre, c'est le printemps noir au Burkina Faso, à l'image du printemps arabe», lançait mercredi Emile Pargui Paré, ex-candidat à la présidentielle et cadre d'un influent parti d'opposition, évoquant une «prise de la Bastille». La population, elle, reproche au président de passer par la voie parlementaire, qui lui assure une majorité écrasante, et non par un référendum pour faire voter la révision de la loi. La jeunesse burkinabé est particulièrement remontée contre Compaoré, qu’elle a toujours connu au pouvoir, et a répondu présente à l’appel à la «désobéissance civile» des leaders de l’opposition.

Pourquoi la situation dégénère ce jeudi?

Après des manifestations dans le calme mercredi, la journée de vote s’annonçait tendue. Les affrontements ont bel et bien eu lieu ce jeudi matin à Ouagadougou: les manifestants, d’abord repoussés par des gaz lacrymogènes, ont réussi à forcer un barrage de police placé aux abords de l’Assemblée, où ils sont entrés et ont saccagé les lieux avant d’y mettre le feu. La télévision nationale a également été prise d’assaut: les manifestants y ont pris du matériel, dont des caméras, et ont cassé des voitures. Un homme d'une trentaine d'années a été tué dans les violences qui ont enflammé Ouagadougou, tandis que la mairie et le siège du parti présidentiel ont également été incendiés à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays. Des face à face ont opposé les manifestants à l’armée aux abords de la présidence.

Comment réagit le gouvernement?

Le gouvernement du Burkina Faso a annulé le vote prévu jeudi et a appelé la population «au calme et à la retenue».