Ebola: «Les mises en quarantaine obligatoires sont des moyens antédiluviens»

ETATS-UNIS Cette méthode peut, si elle est utilisée de manière abusive, entraîner des effets contraires, estime un historien des maladies...

20 Minutes avec AFP

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La maison du Maine où est recluse Kaci Hickox, l'infirmière américaine qui a annoncé son intention de rompre sa quarantaine, le 29 octobre 2014.
La maison du Maine où est recluse Kaci Hickox, l'infirmière américaine qui a annoncé son intention de rompre sa quarantaine, le 29 octobre 2014. — Robert F. Bukaty/AP/SIPA

La mise en quarantaine aux Etats-Unis d'une infirmière qui n'avait aucun symptôme de la fièvre Ebola a provoqué une vive polémique. Cette méthode peut, si elle est utilisée de manière abusive, entraîner des effets contraires, estime l'historien des maladies Howard Markel, directeur du centre d'études sur l'histoire de la médecine à l'université du Michigan.

Dans quelle mesure les Etats-Unis ont-ils déjà eu recours à la mise en quarantaine?

On a largement eu recours à la mise en quarantaine à travers les âges mais cette pratique a été fréquemment abusivement utilisée comme un outil politique et social. En Amérique, on s'en est servi par exemple pour éloigner les immigrés indésirables. Cela a été le cas dans les années 1890 avec les Russes juifs qui ont débarqué à New York. Il y avait alors une épidémie de choléra en Europe et le président américain Benjamin Harrison a placé le port de New York en quarantaine ainsi que les émigrés juifs russes. Mais pas pour les passagers qui avaient voyagé en cabine sur les mêmes bateaux. Cela a été une mise en quarantaine par classe sociale. Plus récemment, avant la découverte en 1984 de l'origine de l'épidémie de sida, les gens voulaient mettre en quarantaine les homosexuels et les toxicomanes.

Comment expliquer que l'opinion réagisse aujourd'hui face à Ebola aussi violemment?

Les cas d'Ebola aux Etats-Unis sont très rares mais cette maladie reste effrayante. Elle est extrêmement mortelle, c'est un virus qui ne pardonne pas et dont les symptômes sont particulièrement dégoûtants. Nous avons tendance à davantage réagir aux maladies qui tuent moins mais qui le font d'une manière spectaculaire. Dans le cas d'Ebola, nous sommes très loin des chiffres de la malaria ou de la tuberculose qui tuent des milliers de personnes chaque jour. Les gens aux Etats-Unis ont peur mais cela dépend aussi de leur niveau d'étude ou de leur connaissance en médecine. Et les médias entretiennent, amplifient cela: lorsque vous lisez ou regardez les médias, Ebola est partout! Regardez, sur CNN, Ebola a son propre générique!

Les mises en quarantaine décidées récemment, notamment dans le New Jersey, sont-elles efficaces?

En décidant de placer en quarantaine cette infirmière qui revenait du Sierra Leone, le gouverneur du New Jersey Chris Christie a typiquement pris une décision politique qui ne reposait en rien sur des preuves scientifiques ou médicales. Cette femme ne présentait aucun symptôme de la fièvre hémorragique et on l'a placée dans une tente sans douche, sans télévision et avec des toilettes chimiques.... Chris Christie, qui est déjà en campagne pour la présidentielle, a voulu donner de la viande rouge à ses partisans.

Ce genre de décision peut produire des effets contraires. Si les gens se sentent menacés, s'ils ont l'impression que les autorités se comportent avec eux comme des policiers qui jetteraient des criminels en prison, ils risquent de mentir sur leur état médical. Certes, les malades ne disent pas toujours la vérité mais les mises en quarantaine obligatoires sont des moyens antédiluviens qui ne marchent pas forcément. Cela revient en fait à utiliser une masse pour planter un clou alors qu'un simple marteau suffirait.

Que doivent faire les autorités américaines pour éviter la propagation d'Ebola?

Dans le domaine de la santé publique, il y a la question de la responsabilité individuelle vis-à-vis de la société et vice versa. Les pouvoirs publics doivent protéger l'individu sans empiéter sur ses libertés mais chaque individu doit se comporter aussi de manière responsable.