Nigeria: Boko Haram place ses otages féminines en première ligne dans les combats

NIGERIA Human Rights Watch (HRW) a rencontré 30 femmes et jeunes filles ex-otages de Boko Haram...

Céline Boff
— 
Capture d'écran réalisée le 2 octobre 2014 d'une vidéo de Boko Haram montrant son chef, Abubakar Shekau
Capture d'écran réalisée le 2 octobre 2014 d'une vidéo de Boko Haram montrant son chef, Abubakar Shekau — - Boko Haram

Les femmes et les jeunes filles enlevées par Boko Haram au Nigeria sont utilisées «en première ligne» lors des combats menés par le groupe islamiste, dénonce Human Rights Watch (HRW) lundi dans un nouveau rapport. L'organisation de défense des droits de l'homme, qui compile plusieurs dizaines de témoignages d'ex-otages, fait état des nombreuses séquelles physiques et psychologiques dont souffrent celles qui sont libérées.

Ce rapport intervient au moment où trente adolescents, garçons et filles, dont les plus jeunes ont 11 ans, ont été enlevés, ce week-end, dans l'Etat de Borno, épicentre de l'insurrection islamiste, dans le Nord-Est. La semaine précédente, soixante autres filles et jeunes femmes ont été enlevées à Wagga et Gwarta, deux autres villes du sud de cet Etat.

«Je tremblais, horrifiée, et je n'ai pas pu le faire»

Ces deux enlèvements ont jeté de nouveaux doutes sur l'accord de cessez-le-feu que les autorités nigérianes ont annoncé avoir conclu, mi-octobre, avec Boko Haram, et qui prévoyait notamment la libération des 219 lycéennes enlevées à Chibok en avril et toujours aux mains des islamistes. Dans le rapport de HRW, une jeune fille de 19 ans retenue trois mois en otage par Boko Haram l'année dernière dit avoir été forcée de participer à des attaques islamistes.

«On m'a demandé de porter les munitions et de m'allonger dans l'herbe pendant qu'ils se battaient. Ils venaient s'approvisionner en munitions, au cours de la journée, alors que les combats se poursuivaient» a-t-elle raconté. «Quand les forces de sécurité sont arrivées sur place et qu'elles se sont mises à nous tirer dessus, je suis tombée par terre, de peur. Les insurgés m'ont alors trainée sur le sol, en s'enfuyant vers le camp».

L'ex-otage raconte avoir aussi reçu l'ordre d'égorger un des membres d'une milice privée capturé par Boko Haram, à l'aide d'un couteau. «Je tremblais, horrifiée, et je n'ai pas pu le faire. La femme du chef du camp a alors pris le couteau et elle l'a tué», poursuit-elle. Une série d'attentats-suicides ont été menés par des femmes, parfois très jeunes, plus tôt cette année, et certains s'étaient demandé si ces femmes pouvaient être des otages de Boko Haram.

Plus de 500 femmes et jeunes filles ont été enlevées

Rien ne permet cependant de prouver, pour l'instant, que les femmes-martyrs étaient des otages et non des combattantes volontaires. En juillet, une petite fille de 10 ans avait aussi été arrêtée dans l'Etat de Katsina, dans le nord-ouest du Nigeria, avec une ceinture d'explosifs autour de la taille. Au total, 30 femmes et jeunes filles ont été entendues par HRW entre avril 2013 et avril 2014, dont 12 des 57 lycéennes de Chibok ayant réussi à échapper à leurs ravisseurs.

Selon HRW, plus de 500 femmes et jeunes filles ont été enlevées depuis le début de l'insurrection en 2009 -une estimation basse par rapport à d'autres chiffres publiés.