Mort de Margerie: Les experts russes déroulent le film de l'accident

ENQUÊTE Les pilotes de l'avion du patron de Total avaient bien vu le chasse-neige qui traversait la piste mais ne l'ont pas considéré comme une «menace», indiquent ce jeudi les experts russes…

20 Minutes avec AFP

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Intervention des pompiers après le crash de l'avion de Christophe de Margerie le 21 octobre 2014 près de Moscou.
Intervention des pompiers après le crash de l'avion de Christophe de Margerie le 21 octobre 2014 près de Moscou. — AP/SIPA

L’enquête avance dans le crash du Falcon dans lequel avait pris place Christophe de Margerie lundi soir. Son avion s'est écrasé après être entré en collision au décollage avec un chasse-neige à l'aéroport moscovite de Vnoukovo, provoquant aussi la mort de deux pilotes et d'une hôtesse de l'air.

Le chasse-neige n’a pas été considéré comme une menace par l’équipage

Selon le représentant des experts russes, Alexeï Morozov, «la piste était libre quand l'autorisation de décoller a été confirmée» aux pilotes. Mais dix secondes plus tard, «les instruments de contrôle ont détecté le mouvement d'un chasse-neige sur le bas-côté gauche de la piste vers le carrefour». Aucun dialogue n'a été enregistré entre l'équipage de l'avion et la tour de contrôle, après l'autorisation de décoller, a précisé jeudi Alexeï Morozov.

«Environ 14 secondes après le début du décollage, l'équipage a observé un objet identifié par lui comme une «machine qui traverse la route». L'objet observé (le chasse-neige) n'a pas été considéré comme une menace par l'équipage, le décollage a continué normalement », a-t-il déclaré. L’avion a percuté le chasse-neige à 248 km/h alors qu'il avait déjà décollé, d'après l'expert russe.

Le conducteur du chasse-neige placé en détention jusqu’au 21 décembre

Le conducteur du chasse-neige, Vladimir Martynenko, a été placé jeudi en détention préventive jusqu'au 21 décembre par un tribunal de Moscou. Selon le Comité d'enquête russe, structure chargée des investigations criminelles, l'employé de 60 ans avait 0,6 gramme d'alcool par litre de sang au moment de l'accident. La Russie applique une tolérance zéro en matière d'alcool au volant.

Selon son avocat, Vladimir Martynenko avait dû sortir de son véhicule pour vérifier s'il avait heurté un obstacle, prenant un retard de «30 à 40 secondes», suffisant pour «perdre de vue la colonne» de chasse-neiges dont il faisait partie.

L’aiguilleuse était stagiaire et avait été embauchée en août

«Le convoi a quitté la piste, mais l'aiguilleur du ciel n'a pas remarqué qu'un véhicule restait encore» sur la piste, a affirmé l'avocat. Les enquêteurs russes ont également placé jeudi en garde à vue quatre employés de l'aéroport Vnoukovo. Il s'agit du chef des nettoyeurs de pistes et du responsable du contrôle des vols, mais également de l'aiguilleuse du ciel qui contrôlait le décollage de l'avion et de son supérieur qui la supervisait.

Cette contrôleuse aérienne, qui avait encore le statut de «stagiaire» selon les enquêteurs, avait été embauchée en août, selon une source au sein de l'aéroport de Vnoukovo sous couvert de l'anonymat. Selon le Comité d'enquête russe, ces quatre employés «sont détenus en tant que suspects», faute d'avoir respecté les normes de sécurité, mais ne présentent pas de signes de consommation d'alcool.

Parallèlement, les premières démissions dans la direction de l'aéroport ont été annoncées jeudi avec le départ du directeur général Andreï Diakov, en poste depuis 2005, et de son adjoint Sergueï Solntsev. Les enquêteurs avaient dénoncé mardi la «négligence criminelle» de la direction de Vnoukovo.