Congo: Après les massacres, les rebelles ougandais ont laissé un message

MASSACRES «Où sont vos protecteurs? Si vous voulez rester en paix, il ne faut plus nous envoyer vos soldats », vociféraient les rebelles ougandais qui ont commis un nouveau massacre, vendredi soir, dans l’est de la République démocratique du Congo…

20 Minutes avec AFP

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Une rue de la ville de  Beni, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Dans cette région du pays, les massacres se multiplient depuis quinze jours. 
AFP PHOTO/ALAIN WANDIMOYI
Une rue de la ville de Beni, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Dans cette région du pays, les massacres se multiplient depuis quinze jours. AFP PHOTO/ALAIN WANDIMOYI — AFP

Véronique a survécu vendredi à un massacre commis par des rebelles ougandais dans l'est de la République démocratique du Congo. Elle bredouille le message laissé par les tueurs: «Vous nous avez envoyé vos soldats pour nous exterminer, mais nous voici».

Pourchassés depuis des mois par l'armée congolaise, les combattants ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF) ont profité d'un relâchement de l'offensive gouvernementale pour semer la terreur dans le nord de la province du Nord-Kivu.

80 civils tués à l’arme blanche en moins de 15 jours

En moins de deux semaines, ils ont tué environ 80 civils à l'arme blanche. Leur dernier massacre, vendredi soir, a fait 24 morts à Eringeti, une bourgade agricole de 2.000 habitants à la frontière avec la Province-Orientale.

Allongée sur un lit de fortune dans l'unique hôpital de la ville, Véronique raconte comment tombaient les victimes - hommes, femmes, enfants et nourisson - sous les coups des haches et des machettes.

«Où sont vos protecteurs? Si vous voulez rester en paix, il ne faut plus nous envoyer vos soldats», vociféraient les tueurs, selon elle. Blessée au bras, elle finit par s'effondrer au fil de son récit: cette mère de deux enfants a vu l'un d'eux, âgé de deux ans, être décapité sous ses yeux.

Deux heures et demie sans être inquiétés

Car les protecteurs ne sont pas venus. Selon les témoignages recueillis à l'hôpital par le docteur Jérémie Muhindo, directeur de l'établissement, les autorités coutumières locales, une source sécuritaire, et corroborés par le récit d'une habitante à l'AFP, les rebelles de l'ADF sont restés au moins deux heures et demie dans le faubourg à la sortie nord-est de la ville, sans être inquiétés.

La compagnie affectée à la garde de l'état-major local, à un kilomètre de là, n'a pas bougé et un petit groupe de soldats, alertés par quelques coups de feux tirés au début de l'attaque, aurait même fait demi-tour, selon ces sources. D'après le médecin, aucun viol n'a été commis.

Pascaline habitait le quartier jusqu'à la tuerie. Accompagnée de ses trois enfants, elle s'apprête à quitter Eringeti, en montant avec un groupe de femmes sur un camion chargé de sacs de farine. Elle fuit vers Butembo, plus au sud, dont elle est originaire.

Le massacre s’est arrêté à 100 mètres de sa maison

«Les autorités n'ont rien fait pour nous inciter à rester», dit-elle, ajoutant ne rien comprendre à ce qui se passe, «c'est pour cela que je pars». Comme elle, des centaines d'habitants du quartier ne sont pas rentrées chez eux.

Pascaline raconte que le massacre s'est arrêté à 100 mètres de sa maison. Terrée chez elle, elle a entendu avec angoisse les cris se rapprocher, puis le silence s'est fait. Au bout d'un certain temps, épuisée, elle s'est laissée emporter par le sommeil. Ce n'est qu'entre 5h30 et 6h, samedi matin, qu'elle a osé sortir, comme les autres voisins survivants, pour découvrir la désolation laissée pas les assassins.

Le but du raid n'était pas de piller mais de terroriser: après avoir tué ou mis en fuite les deux soldats affectés à la garde d'un dépôt de vivres de l'armée, les rebelles n'ont rien emporté.