Le Vatican et l’homosexualité, un couple en pleine révolution?

RELIGION Un rapport provisoire du synode des évêques sur la famille est accueilli par la communauté gay comme un vrai changement de position du Saint-Siège à l'égard des homosexuels...

N.Beu.

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Le pape François place Saint-Pierre le 24 septembre 2014 au Vatican
Le pape François place Saint-Pierre le 24 septembre 2014 au Vatican — Vincenzo Pinto AFP

Faut-il prendre au mot le Vatican? La question agite la communauté chrétienne depuis la publication du premier rapport provisoire de synthèse du synode des évêques catholiques sur la famille, qui encourage pour la première fois l’accueil des «dons et qualités» des homosexuels dans l’Eglise.

Présenté lundi par le cardinal de Budapest, Peter Erdö, ce rapport résumant les interventions de la semaine dernière réserve trois longs paragraphes à la question. A sa lecture, surprise: l’acte homosexuel, un péché «intrinsèquement désordonné» selon le catéchisme catholique, semble désormais être considéré par la majorité des participants comme un fait que tout bon chrétien doit se résigner à accepter.

Le Vatican très divisé

Les personnes homosexuelles «ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne: sommes-nous en mesure de les accueillir en leur garantissant un espace de fraternité?», s'interroge le document de travail. «Sans nier les problématiques morales liées aux unions homosexuelles, on prend acte qu'il existe des cas où le soutien réciproque jusqu'au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires», ajoute-t-il.

Révolution galiléenne ou simple ajustement moral? La communauté gay catholique a tranché, selon l'AFP. Pour Marianne Duddy-Burke, directrice de l'association Dignity USA, le ton est «incroyablement nouveau», «beaucoup plus respectueux» vis-à-vis des homosexuels. «C'est énorme», a estimé Jean-Louis Lecouffe, représentant du mouvement homosexuel chrétien David et Jonathan. «L'arrivée du pape François a été une avancée majeure. Désormais, l'individu est reconnu avant le dogme pur et dur.» Une impression globalement partagée par la presse. «Inutile de tourner autour du pot: à mi-parcours du synode extraordinaire sur la famille, on assiste à un tournant historique», écrit par exemple le quotidien romain Il Tempo.

Cependant, des voix sont venues relativiser ce «tournant historique». Selon certains participants au synode, le texte ne refléterait pas la totalité des interventions, bien plus hétérogènes qu’il ne le laisserait penser. Des cardinaux africains ont ainsi relevé que seules six interventions sur 180 avaient évoqué l'homosexualité, qui reste pour beaucoup de participants un sujet occidental. Les cardinaux Filoni, un Italien, et Napier, un Sud-Africain, ont pour leur part indiqué que «certaines formulations», notamment «sur les homosexuels», ne passaient pas dans leurs groupes de travail linguistique respectifs, italophone ou anglophone.

La révolution d'en haut

Les méthodes du Saint-Siège sont elles-mêmes très critiquées. Selon Le Figaro, certains opposants à une main tendue vers les homosexuels se plaignent de voir leur voix qualifiée de «minoritaire». Le cardinal Müller, préfet de la Doctrine de la foi, va jusqu’à accuser le Saint-Siège «de manipuler l'information sur le synode de façon à ne donner du relief qu'à une seule thèse plutôt que de reporter fidèlement les différentes positions».

Pour éteindre l’incendie, le Siège apostolique a répondu, mardi lors d’une conférence de presse, que le document publié lundi n'était qu'un «document de travail», «destiné à être corrigé» et à être remis au Pape. Le père Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, a rappelé que le synode donnerait lieu l'an prochain à «une seconde session» et qu'il fallait attendre «la fin de cette semaine» pour avoir «une idée complète» des «conclusions» de la session qui se déroule actuellement.

Pas sûr pour autant que cette précision calme les ardeurs des récalcitrants. Car la synthèse finale du synode sera rédigée par une commission de six prélats, tous proches du Pape François, dont la création a été décidée la semaine dernière par le souverain pontife lui-même. Autrement dit, elle échappera totalement au contrôle des participants du synode. Et si la révolution du Vatican venait du sommet?