Des manifestants à Hong Kong, le 13 octobre 2014.
Des manifestants à Hong Kong, le 13 octobre 2014. — NEWSCOM/SIPA

SOCIAL

Indignés: Trois ans après, que reste-t-il du mouvement?

Le 15 octobre 2011, des millions de personnes se rassemblaient à travers le monde...

Des millions de personnes, plus de 1.000 villes et encore davantage de motifs de colère. Le 15 octobre 2011, les Indignés du monde entier se rassemblaient pour protester contre leurs gouvernements respectifs et l’ordre mondial. Une vaste mobilisation qui annonçait une lame de fonds, pensait-on alors. Trois ans plus tard, la vague semble pourtant avoir reflué, non sans avoir transformé en profondeur le paysage politique.

Dans le fond, explique l’anthropologue Alain Bertho, professeur à l’université Paris 8, le mouvement des Indignés est mort l’année même de sa naissance, en 2011. Car pour lui, le mouvement qui a été lancé sous cette appellation en Europe est le résultat d’une «dynamique propre à cette année-là», qu’il divise en trois temps: le «printemps arabe», puis les révoltes espagnole et grecque, et enfin Occupy Wall Street. Avec un point culminant, le 15 octobre. Avant la redescente.

«Le début de quelque chose»

«Ce type de mouvements est par essence temporaire, poursuit-il. Il peut avoir une très grande force mais il finit par s’arrêter.» Un handicap que Stéphane Sirot, historien des relations sociales à l’Institut d’études politiques de Paris, explique par deux facteurs. D’abord, la nature défensive et conjoncturelle de ces mobilisations, qui sont des réactions à des événements précis. Puis leur incapacité à transformer l’indignation en organes politiques. «Ils ont du mal à le faire en raison du décalage entre la spontanéité de la mobilisation d’origine et la rigidité propre à une organisation», analyse-t-il, en dépit de quelques tentatives, notamment en Espagne.

S’ils n’ont pas investi massivement le terrain politique, les Indignés ont tout de même grandement influencé les consciences et les pratiques, nuancent les spécialistes. «Ils ont été le début de quelque chose», assure ainsi Alain Bertho. Ce quelque chose, c’est un esprit revendicatif et une manière de s’exprimer que l’on a pu retrouver ensuite au Brésil, en Turquie ou même en Ukraine, selon cet anthropologue. «Dans toutes ces mobilisations, on a pu voir des foules immenses occuper une place, à la fois pour montrer leur force et pour en faire un lieu de débat, analyse-t-il. On a vu des jeunesses confrontées à un même mur, une même impossibilité de dialogue, recourir aux mêmes moyens de communication pour exprimer leur colère.»

Vers de nouvelles mobilisations

Stéphane Sirot insiste notamment sur l’usage des réseaux sociaux, préalable à tous les nouveaux mouvements de protestation. «Depuis les Indignés, ces derniers échappent aux partis et aux syndicats ainsi qu’aux médias traditionnels, dont il est devenu plus facile de se passer, au moins momentanément», explique-t-il. Et si ces révoltes se multiplient à travers le monde, c’est tout autant parce qu’elles se passent de filtre que par un effet d’exemplarité, ajoute le chercheur. En d’autres termes, avec les nouveaux modes de communication, il n’a jamais été aussi facile de suivre un mouvement à des milliers de kilomètres de distance et de s’en inspirer.

Dernier exemple en date: Hong Kong. Si la mobilisation sur l’île chinoise présente «plus de différences que de points communs» avec la révolte des Indignés pour en faire des sœurs, Stéphane Sirot y voit tout de même un lien de parenté évident. «Dans tous les cas, il s’agit de populations jeunes qui expriment une colère mais aussi une volonté d’intégration. Elles ne veulent pas changer le monde comme la génération des années 60, mais s’insérer dans la société», avance-t-il. Sur ce modèle, d’autres mouvements devraient voir le jour ces prochaines années, prédit-il. «Tous les ingrédients sont réunis pour cela», selon lui. Les Indignés sont morts, vivent les Indignés.