Le gouvernement palestinien d'union nationale voit le jour

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Le président palestinien Mahmoud Abbas du Fatah et le Premier ministre désigné Ismaïl Haniyeh du Hamas ont scellé mercredi un accord sur la composition du gouvernement d'union censé mettre fin à la crise politique interne et oeuvrer à la levée des sanctions internationales.
Le président palestinien Mahmoud Abbas du Fatah et le Premier ministre désigné Ismaïl Haniyeh du Hamas ont scellé mercredi un accord sur la composition du gouvernement d'union censé mettre fin à la crise politique interne et oeuvrer à la levée des sanctions internationales. — AFP/Archives

La composition du gouvernement palestinien d'union nationale, censé mettre fin à une grave crise politique, a été rendue publique jeudi suite à un accord finalisé par le président Mahmoud Abbas et le Premier ministre désigné Ismaïl Haniyeh. La mise en place laborieuse de cette équipe, dominée par des membres du Hamas, a été ponctuée par des violences interpalestiniennes qui ont fait des dizaines de morts depuis la mi-décembre.

Un partisan du mouvement Fatah de M. Abbas a succombé à ses blessures infligées mercredi lors d'affrontements avec le Hamas islamiste dans la bande de Gaza. «Je viens de remettre au président Abbas la liste des ministres du gouvernement d'union et il l'a approuvée», a déclaré à la presse à Gaza M. Haniyeh.

M. Abbas a ensuite entériné par décret la composition du cabinet qui compte 25 ministres, dont 12 du Hamas, dont M. Haniyeh, contre six du Fatah, ainsi que sept ministres «indépendants» ou relevant de petites formations. Le portefeuille-clé de l'Intérieur, principale pierre d'achoppement dans les discussions, a finalement été octroyé à Hani Al-Qawasmeh, un haut fonctionnaire de ce ministère.

Ziad Abou Amr, un indépendant, a obtenu la diplomatie, tandis que Salam Fayyad, du petit parti la Troisième Voie, s'est vu attribuer les Finances, poste qu'il a jadis déjà occupé. La nouvelle équipe doit mettre fin à la crise politique interne et au boycottage diplomatique et financier international imposé après l'accès au pouvoir du Hamas en mars 2006.

M. Haniyeh a indiqué que son gouvernement serait présenté samedi au Conseil législatif palestinien (CLP, parlement) lors d'une séance spéciale. «Nous espérons que ce gouvernement marquera le début d'une nouvelle ère et nous permettra de tourner la page», a-t-il dit en promettant d'améliorer les liens avec la communauté internationale.

Israël a refusé de reconnaître ce nouveau gouvernement. «La position israélienne reste inchangée. Nous ne reconnaîtrons ni ne traiterons avec ce gouvernement ou avec certains de ses membres», a déclaré à l'AFP Miri Eisin, porte-parole de la présidence du Conseil.

«Malheureusement, la plate-forme de ce gouvernement n'inclut, ni explicitement ni implicitement, les trois principes internationaux de la reconnaissance d'Israël, de l'acceptation des accords passés et le renoncement au terrorisme», a-t-elle ajouté.

L'Union européenne et les Etats-Unis ont réagi avec prudence à l'annonce de la formation du nouveau gouvernement. «Nous ne prendrons aucune décision avant de pouvoir juger le programme et les actes du nouveau gouvernement», a déclaré la porte-parole de la Commission pour les relations extérieures de l'Union européenne, Emma Udwin.

«Nous continuons d'espérer que le président Abbas va avoir les moyens de remplir les conditions posées par le Quartette (UE, Etats-Unis, ONU, Russie) afin qu'il y ait des discussions avec le gouvernement d'Israël», a affirmé le porte-parole de la présidence américaine, Tony Snow.

La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice doit rencontrer la semaine prochaine M. Abbas dans le cadre d'un voyage au Proche-Orient. S'exprimant à New-York, le Premier ministre français Dominique de Villepin a estimé que ce nouveau gouvernement «ouvre la voie à de nouvelles perspectives».

Mais, a-t-il dit «nous souhaitons que cette occasion puisse être saisie dans le respect bien sûr des principes très stricts qui ont été été affirmés: renonciation à la violence, plein accord de soutien aux résolutions des Nations unies et reconnaissance d'Israël». La Russie attend pour sa part de ce cabinet qu'il «mette fin au climat de désaccords et de chaos», a indiqué le porte-parole de la diplomatie russe Mikhaïl Kamynine.

La Ligue arabe et l'Arabie saoudite, qui avait accueilli le mois dernier une rencontre cruciale entre factions rivales palestiniennes, se sont félicités de leur côté de la formation de ce nouveau cabinet. Enfin, l'Organisation de la conférence islamique (OCI) a appelé les puissances mondiales à lever l'embargo imposé au gouvernement palestinien.