Capture d'écran du compte Twitter d'un Français relayant des contenus de l'organisation de l'Etat islamique.
Capture d'écran du compte Twitter d'un Français relayant des contenus de l'organisation de l'Etat islamique. — 20 Minutes

INTERNET

«Djihad médiatique»: Comment les réseaux sociaux tentent d’endiguer la propagande terroriste

Le système de recrutement de l’organisation de l’Etat islamique en France se fait principalement par Facebook…

Garantir la liberté d’expression tout en empêchant la propagande terroriste de l’organisation de l’Etat islamique (EI). C’est le difficile équilibre auquel sont confrontés les réseaux sociaux utilisés comme outil de recrutement par les djihadistes d’Irak et de Syrie.

Ces derniers se servent de ces plateformes pour diffuser vidéos, s’efforçant de donner un aspect attrayant au djihad armé. «Il y a trois niveaux de communication, bien distincts», explique une source au ministère de l’Intérieur. Le premier, celui de la «propagande simple». «Il s’agit du partage d’un visuel, de petites vidéos courtes, du profil d’un “Abou bidule”. C’est extrêmement viral», poursuit-on Place Beauvau. C’est d’ailleurs à ce type de propagande qu’entend s’attaquer le ministre à travers le projet de loi antiterroriste examiné par le Sénat le 15 octobre.

Puis vient la discussion privée entre le recruteur et sa cible. Via les messages personnels des réseaux sociaux ou la création d’adresses mail dédiées, ou encore l’invitation sur des forums ou plateformes spécialisées. «C’est essentiellement là que se font l’échange d’informations et le recrutement.» Enfin, le troisième niveau d’échange, est celui de l’opérationnel, entre djihadistes sur zone.

Les djihadistes contournent les réseaux ordinaires

Du côté des réseaux sociaux, le message est clair. «Nos équipes collaborent très régulièrement avec les gouvernements et les experts sur le sujet de la lutte contre le terrorisme», indique-t-on chez Facebook. Concrètement, lorsqu’un contenu est signalé, le groupe a la possibilité de bloquer voire de supprimer la page à l’origine du message. «Ce n’est pas automatique. Les services enquêteurs doivent motiver cette demande en expliquant juridiquement pourquoi ce contenu fait l’apologie du terrorisme», nuance une source ministérielle, assurant que jusqu’à présent, les relations entre policiers et entreprises sont «bonnes». Tout internaute a aussi la possibilité de signaler un contenu jugé douteux. Mais la modération se fait a posteriori. «Nos équipes dédiées sont très réactives», soutient-on chez Facebook.

Bon nombre d’islamistes radicaux ont déserté Twitter et Facebook pour rejoindre d’autres réseaux, notamment Diaspora. Ce transfert a été observé après la suppression de plusieurs comptes Twitter et Facebook ayant relayé la vidéo de décapitation de James Foley en août dernier.

La particularité de cette plateforme est que les données des utilisateurs ne sont pas concentrées entre les mains d’un seul géant américain, financé par la publicité. Ainsi, pour bloquer un contenu, c’est à chaque propriétaire d’un «pod» d’entamer les démarches. «Diaspora ne dispose pas de serveur central, il n'y donc aucun moyen pour l'équipe qui s'occupe du projet de retirer des contenus. C'est sans doute une des raisons qui ont attiré les activistes de l'EI sur notre réseau», explique Diaspora au Monde.

Enregistrement des conversations Skype

Pour l’heure, les réseaux sociaux n’ont qu’une obligation de vigilance quant aux propos tenus sur leurs plateformes. Mais le nouveau projet de loi antiterroriste entend «mettre les opérateurs face à leurs responsabilités», selon le ministère de l’Intérieur.

Autre défi: les discussions privées à l’aide de messagerie instantanée qui sont moins contrôlables. «L’objectif est de ne pas faciliter le djihad médiatique. Des discussions privées entre deux djihadistes, qu’ils pourraient tenir sur une boîte mail, ne peuvent être taxées d’apologie du terrorisme. C’est un travail de surveillance de policiers», recadre un conseiller.

D’ores et déjà, les policiers peuvent capturer l’activité d’un écran mis sous surveillance. Ils réclament par ailleurs la possibilité d’intercepter, d’enregistrer et de retranscrire sur procès-verbal les communications passées par les périphériques audiovisuels, tels que le logiciel Skype.