Ukraine: Un mois après, «le cessez-le-feu a été violé plus de 1.000 fois»

DÉCRYPTAGE Depuis la signature du cessez-le-feu le 5 septembre, plus de 200 personnes ont été tuées, et la situation s’est encore détériorée cette semaine sur le terrain...

B.D. avec AFP

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De la fumée noire au-dessus d'une zone située à proximité de l'aéroport de Donetsk après des bombardements, le 2 octobre 2014 en Ukraine
De la fumée noire au-dessus d'une zone située à proximité de l'aéroport de Donetsk après des bombardements, le 2 octobre 2014 en Ukraine — John Macdougall AFP

Un mois tout juste de trêve, sans réelle amélioration. Ce dimanche marque la fin du premier mois d’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre forces loyalistes et séparatistes dans l'est de l'Ukraine. Cependant, si une trêve a bien été signée, sur le terrain, la réalité est toute autre.

Un mois après la signature du protocole de cessez-le-feu, où en est-on? «Le cessez-le-feu a été violé plus de 1.000 fois», a déploré vendredi le président du Parlement ukrainien, Olexandre Tourtchinov. Malgré la trêve signée le 5 septembre, les combats se poursuivent toujours sur le terrain. Cette semaine, l'intensification des hostilités et des bombardements des zones d'habitation à Donetsk, après une accalmie en septembre, a été dénoncée comme «une escalade dangereuse» par le bureau du secrétaire général de l'ONU.

Selon la porte-parole de la diplomatie américaine, Jennifer Psaki, «plus de 200 personnes ont été tuées depuis la signature du cessez-le-feu le 5 septembre». Depuis avril, le conflit a fait au moins 3.200 morts et un demi-million de réfugiés et déplacés, selon l'ONU.

Quels sont les principaux points de tension? Cette semaine, le regain de violence a visé le centre même de Donetsk -la principale ville aux mains des séparatistes, et les combats font aussi rage autour de l'aéroport de Donetsk. Le «Premier ministre» prorusse de la République autoproclamée de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, a affirmé vendredi que la rébellion contrôlait 95% de l'aéroport. Mais l’armée ukrainienne dit en être toujours maîtresse. C’est la seule enclave qu'elle contrôle depuis le mois de mai dans une ville entièrement aux mains des séparatistes, et la perte de cette infrastructure -qui permettrait aux indépendantistes d'acheminer facilement de l'aide en provenance de Russie- serait un lourd revers.

Qu’en est-il sur le front diplomatique? L'Otan a affirmé cette semaine que «des centaines» de soldats russes se trouvaient toujours dans l'est de l'Ukraine, alors que le «mémorandum» du 20 septembre prévoit le retrait de tous les combattants étrangers. Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a fait part à son homologue russe Sergueï Lavrov de son «inquiétude» face au regain de violences et a exhorté Moscou et les séparatistes à respecter les accords signés en septembre.

Mardi, l'Union européenne a décidé de maintenir ses sanctions contre Moscou, et de nouvelles sanctions occidentales contre la Russie sont à prévoir cet hiver, selon une analyse le cabinet de consultants Eurasia Group. Le Premier ministre ukrainien Arseniï Iatseniouk a estimé que son pays devait à son tour prendre des sanctions contre Moscou, en dépit des liens commerciaux étroits entre les deux économies.

Les Occidentaux envisagent-ils d’intervenir plus directement? C’est l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE) qui est chargée du suivi du cessez-le-feu et d'une mission d'observation dans l'Est. Cette semaine, Paris et Berlin ont «proposé de fournir à l'OSCE, à la demande de cette dernière, des drones destinés à surveiller la mise en oeuvre du cessez-le-feu» en Ukraine, et, selon le quotidien Bild, l'Allemagne envisagerait d'envoyer 200 soldats -150 pour la surveillance via les drones et 50 parachutistes pour assurer la sécurité de la mission de l’OSCE. Un déploiement qui devrait au préalable recevoir le feu vert des députés allemands.