Hong Kong: Joshua Wong, le visage de la rébellion estudiantine

PORTRAIT Ce lycéen, qui arbore immanquablement t-shirt, short et lunettes aux grosses montures noires sur un visage encore juvénile, est l'un des leaders de la «révolution des parapluies»...

Bérénice Dubuc
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Photo prise le 22 septembre 2014 de Joshua Wong, à Hong Kong. AFP PHOTO / XAUME OLLEROS
Photo prise le 22 septembre 2014 de Joshua Wong, à Hong Kong. AFP PHOTO / XAUME OLLEROS — AFP

Il n’a que 17 ans, et n’est donc pas encore en âge de voter, mais il est la figure de la campagne de désobéissance civile menée par les étudiants hongkongais depuis le 22 septembre contre la décision de Pékin de limiter la portée du suffrage universel.

Parmi les leaders de la «révolution des parapluies» -ainsi appelée du fait de l’utilisation de parapluies par les manifestants pour se protéger des gaz lacrymogènes- Joshua Wong, qui arbore immanquablement t-shirt, short et lunettes aux grosses montures noires sur un visage encore juvénile, est l'un des plus entendus, réputé pour ses discours exaltés et son goût pour la confrontation.

Des manifestants prodémocratie, le 1er octobre 2014 à Hong Kong - Annabel Symington AFP

 

Pas un coup d’essai

Il a d’ailleurs été arrêté, dans la nuit de vendredi à samedi, et placé une quarantaine d’heures en détention pour avoir pris d’assaut et occupé, avec une cinquantaine d’autres manifestants, le siège du gouvernement. Ce coup de force lui a également valu de la part des médias proches du pouvoir chinois d’être présenté comme un pantin des Américains.

Car, malgré son jeune âge, ce lycéen filiforme «passionné mais mesuré», selon son avocat, Michael Vidler, n’en est pas à sa première mobilisation contre Pékin, qui le juge «extrémiste». En mai, il a raconté à HK Magazine qu’il avait participé à sa première manifestation en 2010, pour protester contre la proposition de relier Hong Kong à la Chine via une voie ferroviaire à grande vitesse.

 

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Puis, en 2011-2012, il a créé avec des camarades de classe «Scholarism», pour lutter contre le projet d'introduire dans les écoles de Hong Kong un cours d'«éducation patriotique», perçu par ses détracteurs comme de la propagande chinoise. Le jeune homme avait alors réussi à mobiliser plus de cent mille étudiants, provoquant le retrait du projet. Il en était également ressorti auréolé d’une célébrité naissante. En juillet, il avait ainsi commenté pour la presse ses résultats d’entrée à l’université.

«Quelqu’un de compatissant, de bienveillant et de loyal»

Son activisme et sa passion pour la politique, Jushua Wong les tient en partie de ses parents, Grace et Roger. Même si, selon avocat, Michael Vidler, ils forment «une famille de la classe moyenne, très discrète, ordinaire» et sont loin d’être des activistes, le jeune homme a expliqué que son père l’avait sensibilisé, enfant, au sort des plus démunis. «Il m’a dit que je devrais prendre soin des personnes abandonnées.»

«Nous avons toujours éduqué Joshua pour qu’il devienne quelqu’un de compatissant, de bienveillant et de loyal, et nous sommes très fiers de tout ce qu’il fait pour qu’Hong Kong devienne un meilleur endroit où vivre pour sa génération et la nôtre», ont-ils d’ailleurs indiqué dans un communiqué lors de la détention de leur fils ce week-end.

Pour autant, le jeune homme ne cherche pas à tirer la couverture à lui. Déjà lors de la mobilisation contre le cours d'«éducation patriotique», il avait jugé dans le South China Morning Post que «si un mouvement de masse se transforme en l’adoration d’une personne en particulier, il y a un gros problème».

Mercredi, il a réitéré ce jugement sur sa page Facebook, note The Guardian: «Beaucoup de gens me disent “Hong Kong compte sur toi“ et certains disent même que je suis un héros. Cela me met mal à l’aise et m’irrite même quand j’entends ces éloges. (…) Le héros de ce mouvement, c’est chaque citoyen de Hong Kong.»