Orphelins, chômeurs, écoliers: Les autres victimes de l'épidémie d'Ebola

DÉCRYPTAGE Les effets collatéraux de l’épidémie se font désormais sentir dans tous les pans des sociétés touchées...

Bérénice Dubuc

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Un jeune vendeur de noix de cooco libérien près d'un centre de traitement du virus Ebola à Monrovia, le 26 septembre 2014
Un jeune vendeur de noix de cooco libérien près d'un centre de traitement du virus Ebola à Monrovia, le 26 septembre 2014 — Pascal Guyot AFP

Des milliers de personnes victimes d’Ebola sans être atteintes par Ebola. Alors que l’épidémie de fièvre hémorragique a déjà fait plus de 3.000 morts en Afrique, le virus pourrait avoir de graves conséquences, sanitaires, mais aussi économiques et sociales pour les trois pays les plus touchés (Guinée, Liberia et Sierra Leone).

>> «Comment les orphelins d'Ebola sont pris en charge?», à lire par ici

«Les ondes de choc de l’épidémie vont désormais bien au-delà du médical», explique Laurent Duvillier, porte-parole de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. «Lors de la première vague, on voyait des gens qui tombaient malades, voire mouraient de cette maladie. Aujourd’hui, on voit les effets collatéraux d’Ebola dans de nombreux autres domaines.»

Abandon des autres priorités de santé

Premier secteur touché: le médical. «Il est difficile de mesurer l’ampleur du phénomène, mais il est clair que des gens vont mourir d’Ebola sans l’avoir eu», estime Laurent Duvillier. D’abord parce que les patients évitent de se rendre dans les structures médicales, «de peur de se voir diagnostiquer porteur du virus, mais aussi de peur de l’attraper en côtoyant des patients atteints par le virus», indique Bruno Leclercq, directeur de programme au Sierra Leone et au Liberia pour Handicap International.

«Le facteur de peur est celui qui est le plus difficile à surmonter pour nous. Il nous empêche d’intégrer les orphelins à de nouvelles familles, laisse des femmes enceintes, des nouveau-nés sans suivi médical…», abonde Laurent Duvillier, qui note une baisse significative du nombre de consultations dans les établissements sanitaires.

De plus, le personnel médical, déjà en nombre insuffisant avant l’épidémie, est mobilisé pour soigner Ebola. «Ce qui signifie que les autres priorités de santé comme la vaccination, la santé maternelle et infantile, la lutte contre la malaria ou contre le VIH/Sida, sont mises de côté», abonde Bruno Leclercq. Selon lui, les conséquences pourraient se faire sentir sous peu, avec par exemple «une recrudescence du nombre de malades et de morts de la malaria».

Conséquences au niveau économique et social

Dans les pays touchés, les conséquences de l'épidémie se font également déjà sentir au niveau économique et social. Le gouvernement de Sierra Leone a ainsi annoncé mardi que le taux de croissance pourrait n’être que de 7% cette année, son plus bas niveau depuis 2011.

Toujours selon les calculs du gouvernement, ce sont 200.000 emplois qui ont été perdus, tous secteurs confondus, depuis le mois de mai. «Des familles entières se retrouvent aujourd'hui sans revenus», pointe Bruno Leclercq. Et, alors que la valeur de la monnaie locale est en chute libre et que les prix augmentent tandis que les salaires stagnent, les ONG craignent que d’autres crises viennent se surajouter à la crise sanitaire. «Ce n’est pas encore le cas, mais il pourrait y avoir dans les mois à venir une crise alimentaire, voire également des troubles sociaux», souligne Bruno Leclercq.

Il ajoute: «Du côté de l’éducation, ce sera une année blanche dans le pays. Les écoles sont fermées depuis septembre, et la crise sanitaire est prévue pour durer encore de 6 à 9 mois. Il est donc quasi-certain qu’elles ne rouvriront pas en 2015.» Et, que toute une classe d’âge rate l’école pendant une année dans un pays où l’éducation est fondamentale pour le développement, aura très certainement de graves conséquences.