Orphelins d’Ebola: «Quand leur famille les rejette, nous devons trouver une autre solution»

INTERVIEW Au moins 3.700 enfants en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone ont perdu un ou leurs deux parents à cause du virus Ebola depuis le début de l'épidémie...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Un travailleur de santé en combinaison de protection soigne une mère et son fils en Sierra Leone, en juillet 2014.
Un travailleur de santé en combinaison de protection soigne une mère et son fils en Sierra Leone, en juillet 2014. — UNICEF

Des «victimes collatérales» d’Ebola. Des milliers d’enfants en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, les trois pays les plus touchés par l’épidémie, sont rejetés par leur communauté et vivent dans des conditions très précaires. Laurent Duvillier, porte-parole de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, explique à 20 Minutes comment ils sont pris en charge.

A combien estimez-vous le nombre d’enfants «victimes collatérales» d’Ebola?

Nous estimons qu’il y a au moins 3.700 enfants en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone qui ont perdu un ou leurs deux parents à cause du virus Ebola depuis le début de l'épidémie. Ce nombre a nettement augmenté ces dernières semaines et risque de doubler d'ici à la mi-octobre. A ces orphelins s’ajoutent les enfants séparés de leur famille, et ceux qui ont été infectés et ont survécu, pour lesquels nous n’avons pas encore de chiffre précis.

Nombre d’entre eux -qui ont survécu au virus, dont les parents ont contracté le virus et sont soignés dans un centre ou en sont morts-, même s’ils ne sont pas malades, sont rejetés par leur famille ou leur communauté, par crainte de l'infection. Ils vivent donc dans des conditions précaires et sans soins appropriés. Nous entendons chaque jour des histoires horribles d’enfants abandonnés par leur propre famille, qui ne sont pas nourris car personne ne veut les approcher… Des enfants de 7 ans sont devenus chefs de famille et doivent prendre en charge leurs frères et sœurs plus jeunes.

Comment les prenez-vous en charge?

Notre premier réflexe est habituellement de tenter de les faire retourner dans le cadre protecteur du tissu familial. Mais quand la famille élargie les rejette, nous devons trouver une autre solution. Lorsqu’il s’agit d’enfants qui ont été au contact de la maladie, nous ne pouvons pas les placer, comme nous le faisons habituellement, dans des centres où ils sont regroupés et pris en charge par des assistants sociaux, du fait de la période d’incubation de 21 jours de la maladie.

Chaque cas est individuel, demande un travail de fourmi et du temps pour trouver une solution adaptée à chacun. Par exemple, il y a deux jours au Liberia, un enfant, qui était négatif au virus mais dont les deux parents étaient morts, devait être placé car, s’il restait au centre Ebola, tôt ou tard, il finirait par contracter la maladie. Comme sa famille ne voulait pas le reprendre, nous avons tenté de trouver un survivant. Comme vous le savez, une fois que vous avez contracté Ebola, vous êtes immunisé. Nous l’avons finalement placé dans une famille d’accueil dans une autre communauté, qui l’a accepté.

C’est une solution à explorer à l’avenir?

Avec le nombre de personnes immunisées qui devrait aller en augmentant (le taux de mortalité du virus est de 70%), c’est une option à ne pas négliger. Nous étudions la possibilité de trouver un rôle à ces survivants pour effectuer un appui psycho-social auprès des enfants. Au Sierra Leone, nous avons ainsi la volonté de former 2.500 survivants à l’appui psycho-social dans les six prochains mois. L’avantage, c’est qu’ils connaissent cette maladie pour l’avoir eux-mêmes vécue, et qu’ils sont immunisés, donc ils peuvent aussi approcher des enfants isolés pour le traitement sans tout l’attirail de protection, qui génère chez les petits du stress et de la peur. Ils peuvent être ce visage humain capable de les rassurer.