Naufrages en Méditerranée: Amnesty International appelle l’Europe à prendre ses responsabilités

MIGRATIONS Rappelant que plus de 3.000 migrants ont péri en Méditerranée cette année, un rapport publié par l’ONG souligne «la honteuse passivité de certains pays de l'Union européenne»...

Bérénice Dubuc

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Un groupe de plus de 1,700 migrants descend d'un navire de l'armée italienne à Reggio Calabria, après avoir été récupérés en mer Méditerranée, le 11 août 2014
Un groupe de plus de 1,700 migrants descend d'un navire de l'armée italienne à Reggio Calabria, après avoir été récupérés en mer Méditerranée, le 11 août 2014 — Giovanni Isolino AFP

Presque un an après les naufrages meurtriers des 3 et 11 octobre 2013, qui ont coûté la vie à plus de 500 migrants au large de l'île de Lampedusa et de Malte, Amnesty International publie ce mardi matin un rapport intitulé Des vies à la dérive. Réfugiés et migrants en péril en Méditerranée.

Ce rapport souligne «la honteuse passivité de certains pays de l'Union européenne (UE)», qui «a fait croître le nombre de victimes». Plus de 3.000 migrants ont en effet péri en Méditerranée depuis janvier, soit plus du double que lors du pic de 2011, année du Printemps arabe, a déploré lundi l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Depuis l'an 2000, plus de 22.000 migrants ont perdu leur vie en Méditerranée, ajoute l'OIM.

Maintenir Mare Nostrum

Pourtant, «les choses ont changé en un an», souligne Jean-François Dubost, responsable du programme Personnes déracinées d’Amnesty International France. L’Italie a en effet mis en place une opération de recherche et de sauvetage des vies en péril en mer, l’opération Mare Nostrum, qui lutte aussi contre le trafic de migrants, avec actuellement quelque 300 passeurs en procédure. «Cette opération a permis de récupérer et sauver 140.000 personnes», rappelle Jean-François Dubost. «Malheureusement, il y a eu, en dépit de Mare Nostrum, plus de 3.000 morts depuis le début de l’année.»

Amnesty International recommande donc dans son rapport de maintenir l’opération -dont l’arrêt est en discussions, les autorités italiennes rappelant son coût (9 millions d’euros par mois) et l’absence de soutien de l’UE- en attendant qu’une opération européenne de plus grande ampleur prenne le relais. «Cette opération est perçue par les Etats européens, au premier rang desquels la France, comme un facteur d’attraction. Mais, vu l’état du monde, qu’on le veuille ou non, ces personnes continueront de prendre l’option de traverser, malgré tous les dangers que cela comporte.» En témoigne le naufrage d’un bateau de migrants qui a eu lieu le 16 septembre dernier, avec 500 personnes à son bord.

«C’est uniquement une question de volonté politique»

Mais Amnesty International juge que Mare Nostrum n’est pas l’unique solution qui peut régler le problème des réfugiés, et formule d’autres recommandations. Le rapport lance ainsi un appel à l’UE en faveur d'itinéraires sécurisés et légaux pour ces réfugiés qui fuient conflits et persécutions. «Par exemple, leur donner la possibilité de se présenter dans les ambassades pour y obtenir un visa. Cela ne fera pas d’appel d’air, puisque lorsqu’ils arrivent sur les territoires européens, ces réfugiés se voient délivrer des visas quand ils en font la demande, vu leur situation. Ces chemins d’accès sécurisés permettront de faire exactement la même chose, mais sans qu’ils se mettent en danger.»

Amnesty International demande aussi des programmes de réinstallation et d'admission humanitaire, ainsi que des mesures facilitant le regroupement familial. Le rapport plaide en faveur d'un réexamen du Règlement Dublin de l'UE (en vertu duquel c'est le pays membre dans lequel arrivent en premier les personnes en quête d'asile qui est responsable du traitement des demandes).

«Il faut modifier ce règlement pour que le poids et la responsabilité de la prise en charge des réfugiés sauvés soient répartis entre les Etats membres», explique Jean-François Dubost, qui souligne que ces propositions ne sont pas «utopiques», mais sont déjà mises en place par les Etats, «qui ont fonctionné, mais qu’il faut développer». «C’est uniquement une question de volonté politique. Sinon, l’UE restera dans un déni de responsabilité.»