L’Europe ne regrettera pas «l’opportuniste» et le «versatile» Chirac

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Son mea culpa sur le référendum européen n’aura pas suffi: lundi matin, la presse européenne dressait un bilan très critique des 12 ans de règne du président français.

«Une girouette»


Sans surprise, la presse britannique est la moins tendre à son égard: «Si les conventions demandent qu'on dise des choses gentilles sur les gens quand ils prennent leur retraite, il n'est pas facile de le faire dans le cas de Jacques Chirac», assène d'emblée le «Daily Telegraph» (centre-droit).
«En tant qu'homme politique, il a personnifié (...) tout ce qui n'allait pas dans la politique française», juge le quotidien britannique qui ajoute: «Il a été, selon son humeur, libre-échangiste et protectionniste, gaulliste et atlantiste, fédéraliste et euro-sceptique».
Pour le «Financial Times», le quotidien des milieux d'affaires, Chirac aura été un «éternel opportuniste, (qui) a retourné sa veste sur de nombreuses questions». Une «girouette», résume le «Guardian» (centre-gauche).

«Girouette politique», c'est aussi le terme choisi à Bruxelles par «Le Soir», qui consacre deux pages à «L'adieu émouvant d'un piètre président».
La «Libre Belgique» distingue le «plus grand homme politique de sa génération», qui s'est maintenu «40 ans malgré tous les aléas» mais qui, «en 40 ans, a dit tout et son contraire».

La «versatilité» du président français est aussi ce que retient, à Madrid, «El Mundo», comme «ABC» (conservateur), pour qui «ses changements d'opinion tout comme ses gaffes sont légendaires».

Un piètre bilan

L’Allemagne compte également parmi les déçues, notamment à cause du non français au référendum sur la Constitution européenne. «Qu'a fait cet homme de ses possibilités? Peu», regrette le «Berliner Zeitung», qui estime que «Jacques Chirac laisse la France dans l'état où il l'a trouvée en 1995».
Même tonalité dans le «Spiegel»: «Il ne restera pas grand-chose de Chirac, qui a contribué pendant 40 ans à façonner la politique française. Les conseils qu'il a donnés dimanche soir à son peuple, il ne les a pour la plupart jamais suivis», accuse l’hebdomadaire.
«Die Welt» revient sur l'échec «dévastateur» du référendum sur la Constitution européenne, «qui a aussi discrédité Chirac à l'étranger.»

«Une brillante carrière»

A Varsovie, la presse rappelle sa «gaffe» à l'égard des nouveaux entrants à l'Union européenne. Jacques Chirac avait alors reproché à la Pologne et aux autres pays post-communistes, candidats à l'UE, d'avoir «raté une bonne occasion de se taire» en apportant un soutien explicite à l'intervention américaine en Irak, désapprouvée par la France.

Enfin, toute la presse relève la difficile fin de mandat d'un président devenu impopulaire. «La chiracophobie est devenue un sport national», affirme le quotidien belge néerlandophone «De Standaard», tandis que pour l’italienne «La Repubblica», «son indice de popularité était tombé au plus bas et ils étaient peu nombreux à espérer qu'il se représente.»

Seule la presse russe encense «l'eurosaure» Chirac et sa «brillante carrière», rappelant au passage sa passion pour la Russie. «Aucun des futurs présidents français ne pèsera autant et ne disposera des états de service de l'eurosaure Chirac», affirme le quotidien économique «Kommersant».