Volcan Ontake: «Cette éruption ne pouvait pas être anticipée»

INTERVIEW Le vulcanologue Jacques-Marie Bardintzeff revient pour «20 Minutes» sur l'éruption du volcan Ontake, au Japon...

Propos recueillis par Céline Boff

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Le volcan Ontake, au Japon, s'est réveillé le 28 septembre 2014.
Le volcan Ontake, au Japon, s'est réveillé le 28 septembre 2014. — MINISTRY OF LAND, INFRASTRUCTURE / JIJI PRESS / AFP

Au moins trente personnes sont mortes. Et le bilan pourrait encore s’alourdir. Situé au centre du Japon, le volcan Ontake s’est réveillé samedi en projetant des nuages de pierres, de vapeur et de cendres. Des dizaines de randonneurs, entreprenant l’ascension de cette montagne de 3.067 mètres, ont été piégés sur les hauteurs. 20 Minutes fait le point avec le vulcanologue Jacques-Marie Bardintzeff.

Pourquoi le réveil du volcan Ontake n’a-t-il pas été anticipé?

Sa dernière éruption a eu lieu en 1979, ce qui est très récent pour un volcan. Ontake était donc considéré comme étant très légèrement assoupi, avec du magma en fusion à seulement 10 ou 15km de profondeur.

Dans la majorité des cas, la remontée de ce magma entraîne des phénomènes observables pendant 24 à 72 heures avant l’éruption, tels que des microséismes, des déformations du volcan, une hausse de la température, etc. Ces signes très surveillés permettent d’évacuer les personnes présentes sur le volcan et/ou d’en interdire l’accès.

Ces signes n’ont pas été observés dans le cas d’Ontake?

Non. Car, parfois, le magma n’a pas à repousser la terre: il trouve une fissure et remonte à la surface de manière quasi-soudaine. Il peut également chauffer des poches d’eau présentes sous terre et ainsi créer un effet de cocotte-minute: la pression de l’eau, extrêmement brûlante, génère une explosion. Je ne sais pas si ce phénomène s’est opéré au Japon, mais c’est possible. En tout cas, cette éruption est survenue en quelques dizaines de minutes seulement et elle ne pouvait être anticipée.

Ontake peut-il se mettre à cracher de la lave?

Tout est possible bien que pour l’instant, l’activité semble plutôt s’être apaisée. L’urgence est de secourir les randonneurs encore bloqués au sommet. Une trentaine de personnes sont déjà mortes, elles ont pu être asphyxiées par les cendres et par les gaz, brûlées par les coulées ardentes ou encore assommées par les retombées de blocs –c’est comme s’il grêlait des pierres de la taille de ballons de rugby… Les sismologues japonais, qui sont parmi les meilleurs de la planète, vont quant à eux se mettre au chevet de ce volcan, dont l’accès va être fermé au public pendant plusieurs mois.  

Le Japon a été confronté il y a trois ans à un séisme et un tsunami ayant provoqué la catastrophe nucléaire de Fukushima… Pourquoi tant de phénomènes s’opèrent sur cet archipel?

Parce que ce pays est situé à la jonction de quatre plaques tectoniques… Mais il faut bien comprendre qu’il n’y a pas eu de crise tellurique particulière samedi. Les plaques bougent en permanence, de quelques centimètres par an, et ce mouvement provoque parfois des cassures de terrains ou des fontes de roches.

Le Japon est-il le territoire le plus exposé aux catastrophes naturelles dans le monde?

Non, tout le tour du Pacifique -que nous appelons le cercle de feu ou encore la ceinture de feu- est très volcanique et sismique. Plusieurs terres sont implantées sur cette ceinture, comme la Cordillères des Andes, l’ouest des Etats-Unis et du Canada, les Philippines, la Papouasie ou encore la Nouvelle-Zélande… Le Japon n’est pas plus mal situé que ces autres pays, mais il est extrêmement peuplé.