Procès Magnotta: Le Canada s'apprête à faire face à l'horreur

REPORTAGE Soupçonné d'avoir tué et démembré un étudiant chinois, il doit être jugé à partir de ce lundi…

A Montréal, William Molinié
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Montréal, le 22 septembre 2014: L'arbre au pied duquel le tronc de la victime de Magnotta a été retrouvé.
Montréal, le 22 septembre 2014: L'arbre au pied duquel le tronc de la victime de Magnotta a été retrouvé. — WILLIAM MOLINIE / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial au Canada

Soulagée de «ne pas avoir à assister au procès». Chélanie, québécoise de 30 ans, a été tirée au sort sur les listes électorales pour figurer parmi les 1.600 citoyens candidats au jury chargés de juger l'assassin du Chinois Jun Lin. Mais pour raison professionnelle, le juge a accepté sa demande d'exemption.

Rassurée, dit-elle aussi, de ne pas avoir à s'asseoir à moins de dix mètres de Luka Magnotta. A partir de ce lundi, il doit faire face aux douze jurés sélectionnés pour son procès au palais de justice de Montréal. Cet ancien acteur porno est soupçonné de s'être mis en scène dans une vidéo avec un pic à glace et de s'être livré à des jeux sexuels avec le corps démembré de la victime.

«Côté sombre de la ville»

Comme elle, de nombreux Canadiens gardent de cette folle semaine de mai 2012 un souvenir pénible. La découverte des «restes» du corps de Jun Lin dans une poubelle au pied de l’immeuble de Magnotta, la réception par des partis politiques de colis contenant des membres de la victime, jusqu’à la cavale en Europe du tueur en passant par la macabre vidéo postée sur Internet…

A Côte-des-Neiges, dans le quartier où vivait Magnotta, les riverains abordent le sujet avec pudeur. «A chaque fois que je passe devant son immeuble, je ne peux pas m’empêcher d’y penser», confie, gêné, le postier du quartier, au cours de sa tournée. Il estime que ce fait divers à résonance internationale «a eu un impact sur l’image de sa ville». «J’ai des amis de Vancouver [Colombie britannique] qui refusent de venir ici, parce qu’ils croient qu’ils vont se faire tuer. Cette histoire, disent-ils, illustre le côté sombre de la ville: l’alcool, la drogue, les milieux de la nuit…»

Des fans lui envoient des lettres

L’avis n’est pas partagé par les professionnels du tourisme qui ont connu l’été dernier, selon eux, une fréquentation record. «Les gens savent faire la part des choses. Ça aurait pu se passer n’importe où. C’est un acte isolé. L’image de Montréal reste celle d’une ville sécurisée», assure Fernando, chef du service accueil au centre d’information touristique du Québec à Montréal.

L’homme le plus détesté de la province compte aussi quelques soutiens parmi les Canadiens, une poignée se disant «fascinée» par l'horeur de son acte. Des «fans» n’ont pas cessé, par exemple, depuis son arrestation, de lui envoyer des lettres d’attention pour son anniversaire, d’entretenir une présence sur les réseaux sociaux  et de clamer son innocence. «Nous veillerons à ce que rien ne puisse perturber l’audience. Des signes distinctifs, un T-shirt de soutien...» énumère un employé de sécurité du tribunal de Montréal.

Dans la petite salle d’audience, dont l’accès est public, seule une quinzaine de personnes pourra assister aux débats. Une salle plus grande du palais de justice retransmettra en direct le procès. Jusqu’à présent, aucun groupe de soutien n’avait, à notre connaissance, appelé à un rassemblement à l’ouverture du procès.