VIDEO. L'immeuble où vivait Luka Magnotta se cherche une seconde vie

REPORTAGE «20 Minutes» est reparti sur les traces du «dépeceur de Montréal»...

A Montréal, William Molinié
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L'angle du boulevard Décarie et de la Place Lucy, l'immeuble où vivait Magnotta.
L'angle du boulevard Décarie et de la Place Lucy, l'immeuble où vivait Magnotta. — WILLIAM MOLINIE / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial au Canada,

L'appartement de l'horreur. Dans l'entrée de l'immeuble, sur la liste des logements, en face du numéro 208, cette inscription: «Occupied». A quelques jours de l'ouverture du procès de Luka Magnotta, l'ancienne résidence du «dépeceur de Montréal», dans le quartier de Côte-des-Neige, est habitée. Si personne ne répond à l’interphone, la concierge le confirme. «Oui, quelqu’un a emménagé. Mais on ne veut plus en parler. Ne nous embêtez pas avec votre histoire morbide», souffle-t-elle, peu avenante, à travers l’entrebâillement de la porte d’entrée.



C’est dans cet immeuble d'une cinquantaine de logements répartis sur quatre niveaux, que l’étudiant Jun Lin, 33 ans, a été sauvagement tué en mai 2012 à l’aide d’un pic à glace et dépecé. Son bourreau présumé, l'ancien acteur porno Luka Magnotta, dont le procès a débuté lundi 29 septembre, a filmé la scène et l’a mise en ligne sur internet. Une vidéo qui a fait le tour du monde.

C'est au 2e niveau de cet immeuble que Magnotta a filmé le supplice. - W.M.

Chargés de nettoyer la scène de crime

Le petit appartement, dont les murs étaient maculés de sang, a été repeint, croit savoir un voisin. Les ouvriers se sont chargés eux-mêmes de descendre le matelas sur lequel la victime a été frappée. «Il y avait encore du sang dessus. Avant que les encombrants ne passent, il est resté plusieurs jours dehors», se souvient-il. Tout comme le frigo, où des membres ont été conservés quelques jours, avant que Luka Magnotta ne les envoie à des partis politiques ou des écoles du Canada.

Dans l’immeuble, un grand nombre d’occupants n’ont pas déménagé après ce fait divers hors norme. Une résidente à l’accent espagnol explique qu’elle tente d’oublier que «ça s’est passé juste à côté de chez [elle]». «Bien sûr, si j’avais le choix, je serai partie. Mais le loyer n’est pas cher. L’appartement est bien situé», argue-t-elle.

L'ancien acteur porno avait la boîte aux lettres N°208. - W.M.

Du mal à relouer l’appartement

Le gérant est décédé en avril dernier. Du coup, c’est le propriétaire en personne qui a repris les affaires courantes. Ce dernier, que nous avons rencontré, a menacé d’appeler la police et de porter plainte pour «harcèlement». «Laissez-nous tranquilles, vous les médias», a-t-il hurlé.

L’employé d’un commerce mitoyen tente une explication. «Après le crime, il a eu beaucoup de mal à relouer l’appartement. D’autres logements sont restés libres pendant plusieurs mois. Les images ont fait le tour du monde, alors j’imagine que des potentiels locataires ont reconnu l’endroit…»

Dans le hall d'entrée, une annonce à la location de courte durée est placardée au mur. Ici, on peut louer un appartement pour une semaine ou pour un mois seulement. La moyenne des loyers est d'environ 500 dollars canadiens (environ 350 euros). «C'est plutôt bon marché. Et puis surtout, c'est calme», raconte une vieille dame à qui il manque les dents de devant. Sa cuisine donne sur les poubelles dans lesquelles Magnotta a jeté des membres de sa victime. «Enfin, mise à part cette histoire», nuance-t-elle pointant du doigt l'emplacement.

Quelques jours après le crime, les restes de la victime ont été retrouvés à l'arrière de cet immeuble. - W.M.

Tourner la page

Dans ce quartier, où se côtoient petits logements à loyers modestes et villas bourgeoises typiquement montréalaises, les riverains disent ne pas sentir d’insécurité. «Oui, c’est horrible, oui c’est morbide. Mais ça aurait pu se passer n’importe où, pourvu que Magnotta s’y trouvait», estime Stéphane, croisé devant l’arbre au coin de rue où le tronc de l’étudiant chinois a été retrouvé.

Une autre jeune femme, infirmière, n’a qu’une hâte, dit-elle, «que le procès soit rapidement passé». «On pourra enfin tourner définitivement la page de ce tueur fou qui ne rêvait que d’une chose, devenir une star. Le pire, c’est qu’il a réussi

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