Pourquoi l’ONU est paralysée

DÉCRYPTAGE Le Conseil de sécurité, l’organe décisionnel des Nations Unies, repose sur une organisation qui confère plus de puissance à une minorité et qui semble impossible à réformer...

Bérénice Dubuc

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Vue générale du conseil de sécurité de l'ONU qui s'est réuni le 14 juillet 2014 pur discuter de la situation humanitaire en Syrie
Vue générale du conseil de sécurité de l'ONU qui s'est réuni le 14 juillet 2014 pur discuter de la situation humanitaire en Syrie — Don Emmert AFP

Une semaine très «onusienne» s’ouvre ce lundi à New York, où vont se retrouver les dirigeants du monde entier. Dès mardi, le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, doit y ouvrir une réunion sur le climat à laquelle participent quelque 120 chefs d'Etat et de gouvernement, qui sera suivie mercredi d’une assemblée générale de l'ONU. Mais, si les Nations Unies (via le Conseil de sécurité, leur organe décisionnel) permettent de trouver des solutions à certaines crises, nombre d’autres, souvent graves, ne se règlent pas à New York. Pourquoi cette organisation internationale est-elle impuissante sur des crises graves?

Du fait de son organisation…

Au sein du Conseil de sécurité, cinq Etats sont membres permanents (Chine, États-Unis, Royaume-Uni, Russie, France), et disposent d’un droit de veto, «que chacun ne manque pas d’utiliser sur les grandes crises internationales, quand il estime que ses intérêts vitaux sont en jeu», souligne Maxime Ricard, chercheur en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). De plus, une telle organisation «pose la question de la représentativité du Conseil de sécurité et sa réforme», note Frédéric Ramel, professeur agrégé à Sciences Po spécialiste des organisations internationales. «Un certain nombre de membres considèrent que le Conseil de sécurité ne répond plus à la configuration du monde actuel et qu’il faut le réformer.»

…difficile voire impossible à réformer

Différentes pistes sont proposées (ajout de membres permanents, suppression ou aménagement du droit de veto, accorder plus de pouvoir à l’Assemblée générale…) pour ce faire, mais ces projets de réforme sont bloqués par les membres permanents, qui n’y trouvent pas leur avantage. «Le veto est un atout très puissant car il permet à un Etat d’influer sur les décisions internationales», reprend Maxime Ricard, donnant l’exemple de la Russie, qui s’oppose actuellement aux autres membres permanents sur un certain nombre de dossiers (Ukraine, Syrie…). «Et, du fait de la présence de grandes puissances au sein du Conseil de sécurité, il y aura toujours ce type de tensions», empêchant de trouver un compromis pour réformer. Cependant, la réforme en cours du FMI (pour accorder plus de droit de vote à certains pays, qui contribuent de plus en plus de par leur richesse) est pour lui une «piste positive» qui peut faire espérer pour l’avenir.

Du fait de la nature des conflits armés contemporains

Pour Frédéric Ramel, c’est un autre facteur externe de la paralysie de l’organisation internationale. «Aujourd’hui, il n’existe quasiment plus de guerres entre Etats, mais plutôt des guerres intra étatiques, entre un groupe armé et un gouvernement, ou des conflits d’origine économique et sociale qui se traduisent par un recours à la force armée», explique-t-il. Les Nations Unies sont donc de plus en plus mises à contribution, et ce dans des opérations -de prévention de conflit, de maintien de la paix ou de reconstruction post-conflit- multidimensionnelles donc très coûteuses, qui pèsent dans le fonctionnement.

Pour des questions de budget

«Ce sont les Etats membres qui abondent au budget de l’ONU en fonction de leurs richesses, rappelle Maxime Ricard. Or, ils peuvent juger -notamment les plus grands contributeurs- qu’une opération de maintien de la paix -très coûteuse- dans telle crise n’est pas “prioritaire“ ou dans une zone géostratégiquement importante pour eux.» C’est ce qui s’est passé pour Ebola en Afrique de l’Ouest, souligne le chercheur.