Indépendance de l’Ecosse: Les «ni oui, ni non» votent malgré eux

ROYAUME-UNI De nombreux Ecossais estiment que le référendum pour l’indépendance n’est pas une bonne chose…

Benjamin Chapon

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Des militants du mouvement
Des militants du mouvement — B.CHAPON/20MINUTES

De notre envoyé spécial à Edimbourg,

La campagne, parfois agressive, des pro et des anti indépendance de l’Ecosse a confirmé toutes les craintes de Patrick et ses amis. Les quelques mois de bataille politique, accentuée dans les derniers jours par des sondages annonçant un résultat serré, ont monté les Ecossais les uns contre les autres.

Le jeune homme, titulaire d’un doctorat en sciences politiques en France, est revenu dans son pays au début de la campagne du référendum. Très vite, il a monté un groupe de réflexion sur les dangers du scrutin. «Il n’y aura que des perdants, prophétisait-il. L’indépendance sans unité ne vaut pas grand-chose. De même que rester dans le Royaume-Uni avec une moitié d’Ecossais aigris.»

Une campagne qui risque de durer

«Les nationalistes ont mené une campagne ambiguë où les accusations de traîtrise à la patrie pleuvaient quand on émettait le moindre doute sur leurs arguments. Quant aux opposants à l’indépendance, ils avaient tendance à tourner en ridicule ceux qui rêvaient de voir une révolution sociale en Ecosse, il y a eu un discours un peu infantilisant de rappel aux prétendues réalités.»

Ce jeudi, jour de vote, on affichait pourtant une certaine décontraction à Edimbourg. Deux votants, l’un pour le oui, l’autre pour le non, se donnaient «rendez-vous la semaine prochaine pour continuer à débattre de notre avenir.» Sans animosité.

Une réponse mais surtout des questions

Mais pour Marcus, autre membre des «neither nor», les «ni oui ni non», le référendum a été une perte de temps et risque de braquer les Ecossais plutôt que de les faire avancer.

«Nous sommes déjà un peuple, une nation, avec une culture unique que personne ne vient nous contester. Que nous apportera l’indépendance que nous n’avons déjà? Le véritable enjeu est une autonomie politique vis-à-vis de Londres. Si les Ecossais veulent une révolution écologique, peuvent-ils la faire? S’ils veulent une évolution des mœurs, s’ils veulent l’euro… Voilà de vraies questions auxquelles le référendum ne répond pas. Ce référendum pose un million de questions mais aucune réponse.»

Des «ni ni» qui disent oui ou non

«Ouvrir le vote aux plus de 16 ans et aux étrangers vivant en Ecosse est sans doute une bonne chose sur un plan de la morale politique mais cela complique encore plus la donne, note Patrick. Les Ecossais vivant à l’étranger sont exclus du vote. Tout comme les autres peuples britanniques sur qui l’issue du vote aura un impact fort

Malgré tout, ces ni-ni iront voter. «Notre mouvement ne donne pas de consigne de vote et n’incite pas non plus à l’abstention. Parce que ce vote nous concerne.»

Les «faiseurs de paix»

Les «neither nor» pèsent peu dans le débat public. «Nous refusons d’aller à la télé, on ne répond qu’à quelques interviews. Le cirque médiatique rend tout discours caricatural. Nous avons préféré organiser des tables rondes, des rencontres. On a parfois joué les faiseurs de paix dans des réunions publiques qui opposaient pro et anti.»

Dans la nuit de jeudi à vendredi, Patrick et ses amis iront faire la fête, quel que soit le résultat. «Il faut sortir de tout ça par le haut. Très vite, nous allons organiser des tournées de bénévoles pour arracher tous les autocollants pro et anti indépendance.»