Nemmouche: Un ex-otage accuse les services antiterroristes d'avoir organisé les fuites

TERRORISME Pour le photographe indépendant Pierre Torres, la révélation que le tueur présumé du Musée juif était également geôlier d'otages «relève évidemment de l'opération de promotion» des services antiterroristes français...

B.D. avec AFP

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Photos de Mehdi Nemmouche dévoilées le 1er juin 2014.
Photos de Mehdi Nemmouche dévoilées le 1er juin 2014. — SIPA

Un ex-otage français en Syrie, le photographe indépendant Pierre Torres, regrette d'avoir collaboré avec les services antiterroristes français, qu'il accuse d'avoir organisé les fuites sur la présence du djihadiste français Mehdi Nemmouche parmi ses geôliers pour «se faire mousser».

Le journaliste raconte dans une tribune ce mercredi au Monde avoir été convoqué en juin 2014 pour être entendu «avec (ses) anciens co-otages» par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, devenue DGSI au printemps), quelques jours après l'arrestation de Mehdi Nemmouche, soupçonné d'avoir perpétré la tuerie du Musée juif de Bruxelles.

«L'opération a bien fonctionné»

Lors de ces auditions, plusieurs des quatre otages ont reconnu Nemmouche comme l'un des geôliers auxquels ils ont été confrontés lors de leur détention en Syrie. Cette information a été divulguée début septembre par Le Monde et immédiatement confirmée par l'un des otages, Nicolas Hénin.

«Nos dépositions ont pu fuiter par n'importe quel bout de l'antiterrorisme français mais pas sans l'aval et l'intérêt de tous», déplore Pierre Torres. «Pourquoi le Parquet, la Direction générale de la sécurité intérieure ou on ne sait quel juge donnent-ils accès à des dépositions qui, un jour ou l'autre, seront légalement rendues publiques?», s'interroge-t-il.

«Du point de vue des organisateurs de cette fuite, l'opération a bien fonctionné. "Jeune-délinquant-Arabe-Syrie-attentat-France-terrorisme-antiterrorisme", toute l'artillerie sémantique est déballée afin de finir de nous convaincre que nous avons toutes les raisons d'avoir peur», poursuit-il.

«Opération de promotion»

Pour lui, la révélation que le tueur présumé du Musée juif était également geôlier d'otages «relève évidemment de l'opération de promotion». «La seule chose qui puisse justifier la mise en danger des autres otages, c'est que quelqu'un ou quelque institution policière a vu là la possibilité de se faire mousser», écrit-il.

«En retour, on peut donner toujours plus de pouvoirs aux policiers et aux juges de l'antiterrorisme. Pouvoirs qui ne permettront évidemment pas d'arrêter plus de Nemmouche mais qui, en revanche, resserrent encore un peu plus le maillage policier et le contrôle de la population», dit-il encore.

Il estime avoir «commis une erreur en collaborant avec le service de police politique qu'est l'antiterrorisme. Cela va à l'opposé des positions et des combats que représente (s)on engagement de journaliste». Il s'en «excuse auprès des familles de ceux que cette négligence a mis en danger». La révélation de la présence de Nemmouche parmi les gêoliers d'otages a par ailleurs été qualifiée d'«irresponsable» par un autre ex-otage, le journaliste Didier François.