Naufrage d’un bateau de migrants: «Il faut d’abord accuser la politique de fermeture des frontières»

INTERVIEW Violaine Carrère, chargée d’études au Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), repose la question des politiques migratoires européennes alors qu'un bateau transportant des centaines de migrants a fait naufrage en Méditerranée le 10 septembre…

Audrey Chauvet

— 

Des migrants se préparent à sortir du beateau de la marine italienne, dans le port de Brindisi, venu les secourir au large de la Sicile, le 15 septembre 2014
Des migrants se préparent à sortir du beateau de la marine italienne, dans le port de Brindisi, venu les secourir au large de la Sicile, le 15 septembre 2014 — AFP

Il y avait 400 à 450 personnes à bord et une centaine d’enfants. Presque tous ont péri dans le naufrage du bateau qui devait les mener, ce 10 septembre dernier, sur les côtes européennes. Alors que la piste d’un échouage volontaire par les passeurs se confirme, Violaine Carrère, chargée d’études au Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), estime qu’il faut surtout remettre en question les politiques européennes d’immigration.

Pour vous, la responsabilité des passeurs dans ce naufrage ne doit pas masquer d’autres responsabilités?

L’attention est focalisée sur les passeurs, mais la première chose qui devrait nous inquiéter est que ces gens soient contraints de prendre le bateau au péril de leur vie. Le naufrage d’octobre 2013 au large de Lampedusa avait remué l’opinion, les autorités avaient alors assuré que cela rentrait dans les missions de Frontex de veiller à la vie des migrants, mais rien n’a changé. Aujourd’hui, dire que c’est de la faute des méchants passeurs, c’est oublier qu’il faut d’abord accuser la politique de fermeture des frontières.

Le marché des passeurs profite de cette politique?

Les passeurs existent car cette politique crée une niche dans l’économie du fait que les gens qui veulent venir en Europe ne peuvent pas voyager autrement. Ils offrent une prestation à prix très élevé pour mener les gens à bon port. Mais il y a aussi des cas où ce sont des bandits, ce n’est pas la première fois qu’on retrouve des gens abandonnés en plein désert ou mis en péril en haute mer.

Ce marché est impossible à contrôler?

L’économie des passeurs est très difficile à connaître, elle est très fluctuante selon le contexte international. Les routes sont aussi très fluctuantes car si on renforce les contrôles quelque part, elles se déroutent. Par exemple, la voie de Ceuta-Melilla a été abandonnée au profit de celles des Canaries, plus longue et plus dangereuses, puis de celle de la Sicile.  Il y a aussi d‘autres routes par voie de terre, certains partent d‘Afrique subsaharienne et arrivent en Europe par la Lettonie.

Vous êtes dès lors favorable à l’autorisation d’entrée de tous les migrants?

Nous sommes favorables à la liberté de circulation, ce qui ne veut pas dire que des flux se déverseraient sans fin. Les gens pourraient venir, constater quelle vie ils pourraient avoir ici, faire des allers-retours, découvrir que trouver un travail ou un logement n’est pas si facile. De toute façon les gens entreront en Europe, sauf ceux qui aujourd’hui meurent sur le chemin.