Ecosse: «C’est le scrutin le plus imprévisible de la démocratie moderne»

ROYAUME-UNI Les politologues peinent à anticiper l’issue du vote pour ou contre l’indépendance de l’Ecosse...

Benjamin Chapon

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Les partisans du oui ou du non à l'indépendance de l'Ecosse sont  parfois idéologiquement
Les partisans du oui ou du non à l'indépendance de l'Ecosse sont parfois idéologiquement — Scott Heppell/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Edimbourg (Ecosse)

Les sondages, plus personne ne les regarde. C’est ce qu’affirment en chœur Ian et ses amis, attablés en terrasse d’un restaurant de la gare d’Edimbourg ce mercredi. «Depuis dix ans, les sondages se sont toujours trompés», expliquent-ils. Parmi ce groupe de quadragénaires, les avis sont partagés, il y a des "pro" et des "anti" indépendance. «Mais on arrive même à s’engueuler entre partisans du "oui"», plaisante Ian.

Des opinions contradictoires dans chaque camp

Le politologue Steven Harris dirige un groupe d’études sur le référendum écossais: «Comme pour tout référendum, derrière le "oui" ou le "non", il y a une multitude d’opinions, parfois contradictoires qui se cachent. Des gens très proches idéologiquement, par exemple les sociaux-démocrates, peuvent voter différemment. De même, chaque camp abrite des partisans qui ne s’entendraient sur rien d’autre que le souhait d’indépendance», observe-t-il.

A la veille du vote, cet expert refuse de faire un pronostic: «On ne sait même pas si ça sera vraiment serré. C’est le scrutin le plus imprévisible de la démocratie moderne.»

Oui, les Ecossais sont agacés

Eleanor Fry travaille, au sein du groupe d’études, sur la psychologie des électeurs. «Dans chaque camp, des arguments à la fois émotionnels et techniques ont été avancés. Il y a des débats sur l’avenir économique, démographique, social et même écologique de l’Ecosse à l’issue du scrutin. Et en même temps, la grande histoire est convoquée. Les politiques cherchent à toucher une fibre patriotique, qu’elle soit britannique ou écossaise. Ce genre de campagne rend les électeurs très indécis», explique-t-elle.

Harcelés par les médias internationaux venus en nombre couvrir le référendum, les Ecossais s’agacent des sempiternelles questions. «Je ne sais pas ce que je vais voter, répond sèchement Helen, pharmacienne. J’ai une idée mais j’en ai déjà changé trois fois en un mois. Ce vote est très important mais j’ai le sentiment de ne pas avoir assez réfléchi. C’est si compliqué.»

Esclaves de l’«instant emotion»

«Les électeurs ont le sentiment du vote qui fait l’Histoire mais n’ont aucune idée de ce qui va subvenir au lendemain du 18 septembre, analyse Steven Harris. C’est pourquoi certains choisissent de restreindre le champ des arguments et se focalisent sur un angle.»

Les autres voteront en fonction de l’«instant emotion», «l’émotion de l’instant», analyse Eleanor Fry: «Les campagnes de référendum sont crispantes et donnent un sentiment de culpabilité aux électeurs. Tout comme les questions liées au patriotisme ou au devoir face à l’Histoire. Pour déjouer cela, de nombreux électeurs feront confiance à un instinct, il compte sur la solennité de l’instant du vote pour les aider à faire le point, comme par magie», analyse-t-elle. «Comme cela ne se produira pas, ils voteront en fonction des derniers signaux qu’ils auront reçus et assimilés. Et aucun sondage ne peut analyser ça.»