Référendum sur l’Ecosse: Les Gallois aussi font entendre leur voix

ROYAUME-UNI Le référendum écossais donne des idées aux quatre coins du royaume, et notamment au pays de Galles...

Nicolas Beunaiche

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Une maison sur l'eau près de Swansea, au pays de Galles, le 23 juin 2014.
Une maison sur l'eau près de Swansea, au pays de Galles, le 23 juin 2014. — Graham Harries/REX/REX/SIPA

De notre envoyé spécial à Londres,

Au Royaume-Uni, l’indépendance est aussi un sujet de blague. Après l’Ecosse, qui d'autre pourrait désormais demander à faire sécession? Lundi soir, sur la BBC, était ainsi diffusé un documentaire sur le référendum de jeudi réalisé par le comédien écossais Kevin Bridges. Celui-ci se trouve sur scène, en plein stand-up, quand une brève discussion s’engage entre un spectateur et lui. A son interlocuteur qui dit venir de la ville de Newcastle, Bridges demande s’il veut aussi en faire un Etat indépendant. Hilarité dans la salle.

Pourtant, au-delà de son aspect comique, la question mérite d’être posée, si ce n’est pour Newcastle, au moins pour plusieurs parties du Royaume. Gordon Brown, l’ancien Premier ministre britannique, et Nick Clegg, l’actuel vice-Premier ministre du pays, l’ont eux-mêmes reconnu. Au même titre que l’Irlande du Nord, les Cornouailles ou le Yorkshire, le pays de Galles pourrait donc demander davantage de pouvoirs ces prochains mois.

Du plomb dans l'aile économique

L’indépendance galloise n’est, elle, certes pas pour tout de suite. Selon les sondages, la proportion de Gallois favorables à une séparation avec le Royaume-Uni avoisine les 10-15%. «Je ne crois pas qu’il y ait un appétit pour l’indépendance», résume d’ailleurs Peter Walker, de l’organisation indépendantiste Wales in London, qui milite pour le développement économique de l’ouest de l’île.

Le pays de Galles n’y serait de toute façon pas prêt. Car à la différence de l’Ecosse, le territoire est loin de respirer la santé économique. D’abord, explique Peter Walker, parce qu’il n’abrite pas de grandes banques comme c’est le cas en Ecosse. Ensuite parce que ses finances ont du plomb dans l’aile. «Le pays de Galles souffre d’un gigantesque déficit fiscal, c’est-à-dire que les dépenses publiques y dépassent significativement les revenus fiscaux», indique Alan Trench, adjoint de recherche honoraire à l'University College of London. «Pour accéder un jour à l’indépendance, comme le souhaite notamment le parti nationaliste Plaid Cymru, il faudra donc d’abord couper énormément dans les dépenses publiques», prévient-il.

Un tiers des Gallois pro-«devolution»

Malgré ces handicaps, les nationalistes gallois n’ont pas l’intention de regarder tranquillement le mouvement de démantèlement du Royaume-Uni, plus ou moins violent selon l’issue du vote de jeudi, se poursuivre sans eux. «Quoi qu’il arrive en Ecosse, le gouvernement va subir une pression accrue en faveur d’une décentralisation ("devolution", en anglais) plus importante», prédit Peter Walker. Son but, au sein de Wales in London: attirer davantage d’entreprises et favoriser les investissements au pays de Galles. «Notre aéroport ne sert qu’aux vacanciers. Il est temps d’en faire une plateforme d’importance régionale», avance-t-il par exemple.

Dans ce projet, il peut compter sur l’assemblée nationale galloise, dominée par les travaillistes, mais aussi sur un bon tiers des Gallois, qui disent vouloir davantage de pouvoirs, en particulier en matière fiscale. C’est le sens de l’histoire, assure Alan Trench. «Je fais l’hypothèse que, si le Royaume-Uni existe encore dans sa forme actuelle dans vingt ans, ce sera un Etat très différent, bien plus décentralisé», imagine-t-il. A quelle vitesse peut-il se transformer? Difficile à dire. Si les nationalistes de tous horizons espèrent emboîter le pas des Ecossais, la réalité pourrait bien les rattraper. «Si l’Ecosse devait devenir indépendante, il me semble difficile d’imaginer qu’on ait le temps, l’intérêt ou l’énergie d’étudier des projets de décentralisation plus importante au Royaume-Uni avant un certain temps», conclut Alan Trench, qui parie sur deux ou trois ans. Un temps raisonnable après des siècles d’union.