Ebola: «La capacité de réponse la plus rapide et la plus adaptée, c'est les militaires»

DÉCRYPTAGE Barack Obama a décidé d’envoyer quelque 3.000 militaires américains en Afrique de l'Ouest pour faire reculer l'épidémie d'Ebola...

Bérénice Dubuc

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Des employés de la Croix-Rouge guinéenne, vêtus de combinaison de protection, transportent le corps d'une victime du virus Ebola, le 14 septembre 2014 à Conakry
Des employés de la Croix-Rouge guinéenne, vêtus de combinaison de protection, transportent le corps d'une victime du virus Ebola, le 14 septembre 2014 à Conakry — Cellou Binani AFP

Des militaires pour faire reculer l'épidémie d'Ebola. C’est l’option choisie par le président américain Barack Obama pour lutter contre le virus, qui a déjà fait plus de 2.400 morts en Afrique de l'Ouest. Cet envoi de quelque 3.000 militaires doit être officiellement annoncé ce mardi par le président américain lors de la présentation de son plan d'action lors d'une visite au siège des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), à Atlanta.

En quoi les médecins, infirmiers, experts biologistes ou logisticiens militaires peuvent-ils mieux agir que des civils sur cette crise sanitaire? «On n’est plus dans une crise sanitaire banale», corrige le Dr Henri Julien, président de la Société Française de Médecine de Catastrophe (SFMC). «L’épidémie explose aujourd’hui et prend l’allure d’une catastrophe sanitaire: en une semaine, 400 personnes sont mortes, ce qui signifie que deux voire trois fois plus de personnes sont atteintes.»

Inorganisation totale et inaction de la communauté internationale

Le spécialiste ajoute que, dans les trois pays les plus touchés (Liberia, Guinée et Sierra Leone) et malgré l’action des ONG, les populations sont à prendre totalement en charge par manque de formation sur les façons d’agir pour juguler l’épidémie, et connaissent en plus un déficit de moyens (structures de santé submergées, manque de matériels et de services d’accueil adaptés).

Au début du mois, Joanne Liu, la présidente de MSF international, en pointe sur le terrain depuis le début de la crise, avait ainsi déploré l’inorganisation totale sur place et l'inaction de la communauté internationale face à la progression fulgurante de l'épidémie.

Or, selon le Dr Julien, dans une situation si difficile, où les moyens ne sont plus en adéquation avec les besoins, où il n’y a pas de direction des opérations solide et efficace, d’organisation, ni de logistique cohérente mise en place, l’option militaire est souvent choisie pour combler toutes ces lacunes. «Comme pour les catastrophes naturelles de type tsunami ou tremblement de terre, il faut désormais mobiliser des personnes préparées et équipées en conséquence, qui peuvent être projetées dans des délais extrêmement courts. La capacité américaine la plus rapide, la plus adaptée et la plus équipée, ce sont les militaires.»

Des militaires, mais aussi des civils

Les militaires américains doivent ainsi mettre en place à Monrovia, la capitale du Liberia, un centre de commandement qui assura la coordination des opérations, participeront à la construction de nouveaux centres de traitement dans les zones les plus touchées et le gouvernement américain aidera au recrutement et à la formation des personnels chargés de les gérer. Les Etats-Unis doivent également mettre en place un centre permettant la formation de 500 travailleurs sanitaires par semaine pendant au moins six mois.

Car la présence de militaires sur place ne signifie pas que des spécialistes civils ne continueront pas d’intervenir. Plus de 100 experts des CDC se trouvent ainsi sur le terrain en Afrique de l'Ouest et nombre d'autres sont mobilisés sur l'épidémie à Atlanta, sans compter les membres d’ONG internationales, d’agences onusiennes, de personnels médicaux de différents pays (France, Chine, …) présents sur place.

Et la réponse pourrait bien se faire encore plus globale d’ici la fin de la semaine: une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU sur l'épidémie est en effet prévue jeudi. Un événement qui montre l’ampleur de la catastrophe, puisque le Conseil, chargé de veiller à la paix et à la sécurité internationale, se saisit rarement d'un dossier de santé publique.