Référendum sur l'Ecosse: A deux jours du vote, la campagne se durcit

ROYAUME-UNI La presse londonienne revient ce mardi sur le discours très ferme de David Cameron et évoque de possibles irrégularités et débordements dans la campagne...

Nicolas Beunaiche

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Les journaux britanniques du 16 septembre 2014, à deux jours du référendum sur l'indépendance de l'Ecosse.
Les journaux britanniques du 16 septembre 2014, à deux jours du référendum sur l'indépendance de l'Ecosse. — N.BEUNAICHE

De notre envoyé spécial à Londres

«Deux jours pour sauver l’Union». A 48 heures du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, la presse londonienne ne relâche pas la pression sur les électeurs écossais qui seront amenés à décider jeudi du sort du Royaume-Uni.

A la une de la majorité des grands journaux de l’île ce mardi: le discours de David Cameron à Aberdeen. Sur le sol écossais, le Premier ministre s’est en effet adressé lundi pour la dernière fois aux électeurs, les invitant à ne pas mélanger les questions de personnes et l’avenir du royaume. «Si vous ne m’aimez pas, je ne serai pas là pour toujours. Si vous n’aimez pas ce gouvernement, il ne durera pas éternellement. Mais si vous quittez le Royaume-Uni, ce sera à jamais», leur a-t-il lancé.

Débordements xénophobes

Un «plaidoyer» «touchant» et «sans aveuglement», selon le Guardian, qui ironise tout de même sur le registre dramatique employé par un David Cameron énumérant les conséquences négatives de l’indépendance. «Pire que tout, les Ecossais se condamneraient eux-mêmes à regarder du football de seconde zone à perpétuité», se moque ainsi un éditorialiste du journal. Le Daily Mail s’attarde, lui, sur l’aveu de «mortalité politique» de Cameron, dont le bruit qu’il pourrait démissionner en cas de défaite jeudi a circulé. «Il s’agit d’un simple constat, d’accord, mais ce n’est pas rien pour un homme politique d’admettre ce genre de choses», écrit un éditorialiste du tabloïd.

 

La dernière ligne droite dans la campagne donne aussi lieu à des combats acharnés dans les coulisses, parfois à la limite de la régularité, rapporte la presse. Dans le Daily Mail, on apprend notamment que les partisans du «non» accusent leurs opposants d’intimidations auprès des journalistes de la BBC et de débordements xénophobes. Un activiste anglais de Glasgow aurait par exemple été invité à «dégager» d’Ecosse, tandis qu’une Espagnole pro-Union résidant depuis vingt ans dans les Highlands se serait fait cracher dessus.

L'immobilier écossais plombé par un «oui»?

Le Times raconte pour sa part les derniers efforts de chacun des deux camps pour gagner la bataille de l’opinion. A l’en croire, ce sont les partisans du «oui», plus dépensiers sur le terrain, qui seraient en train de la gagner. Le journal cite un professeur de sciences politiques: «Pour être honnête, je pense que le "oui" a remporté la bataille des affiches. Et ses partisans ont aussi gagné la bataille des fenêtres des cuisines.» Problème, ajoute le journal: les nonistes accusent désormais leurs adversaires de ne pas avoir respecté les limites de dépenses dans la dernière phase de la campagne. Aucune plainte n’a toutefois été déposée pour le moment. Un recours avait déjà été déposé cet été, rappelle le Times, mais la commission électorale n’avait rien trouvé d’irrégulier dans les comptes des indépendantistes.

Last but not least, certains journaux londoniens se projettent déjà sur l’après-référendum en cas de victoire du «oui». Un futur peu réjouissant, selon le Daily Telegraph et le Daily Mirror. Le premier évoque le complexe rapatriement du Trident, le sous-marin nucléaire britannique, et assure que le processus d’indépendance de l’Ecosse ne saurait aboutir en dix-huit mois comme annoncé. En conséquence, les élections générales de mai 2015 pourraient bien être reportées d’une année pour ne pas parasiter les éventuelles négociations, prédit le quotidien. Le Daily Mirror relaie, de son côté, une étude promettant une chute des prix de l’immobilier au nord de la frontière en cas d’indépendance de l’Ecosse. Un moyen comme un autre de peser sur l’opinion pour ce journal ouvertement pro-Union.