Référendum sur l’Ecosse: Les Ecossais de Londres redoutent de perdre leurs «frères siamois»

ROYAUME-UNI La perspective de l’indépendance de leur pays inquiète les Ecossais résidant dans la capitale anglaise…

Nicolas Beunaiche

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Les drapeaux anglais, britannique et écossais à Londres, en 2014.
Les drapeaux anglais, britannique et écossais à Londres, en 2014. — REX/REX/SIPA

De notre envoyé spécial à Londres,

A Londres, inutile de chercher les pubs ou les restaurants écossais. Si les Irlandais n’ont aucun mal à s’y retrouver autour d’une table qui leur rappelle le pays, les Ecossais, eux, n’ont pas particulièrement cultivé dans la capitale anglaise l’habitude des retrouvailles. Malgré un contingent imposant de plusieurs centaines de milliers d’âmes, la communauté écossaise de Londres préfère généralement se fondre dans le paysage.

Loin du Caledonian Club, réservé à l’élite écossaise, ou de la Scottish Piping Society of London, une compagnie regroupant des joueurs de cornemuse, la majorité des Ecossais vivant à Londres ont laissé le kilt dans le dressing. Et quand on interroge certains d’entre eux sur le référendum de jeudi et la décision qu’ils prendraient s’ils pouvaient voter [seuls les résidents écossais seront appelés aux urnes], la même réponse fuse: «No».

«Pour moi, tout le monde est Britannique»

«Le Royaume-Uni est la meilleure union sur toute la planète, pourquoi voudrait-on le démanteler? justifie Margaret, noniste convaincue. Seule, l’Ecosse ne serait pas plus forte.» Un avis que partage Bruce Anderson, éditorialiste pour le site ConservativeHome. «L’union est bonne pour les Anglais mais elle est aussi bonne pour les Ecossais», assure-t-il, attablé au restaurant Boisdale aux côtés du propriétaire des lieux, un compatriote répondant au nom de Ranald Macdonald.

Après quarante ans passés à Londres, Bruce Anderson dit se sentir avant tout «British», comme la plupart des Ecossais croisés dans la rue, chacun y allant toutefois de sa propre définition de son identité. «Moi je me sens à la fois britannique et écossais, comme on peut être chrétien et catholique», explique ainsi Ranald Macdonald, qui ajoute se sentir «à la maison» en Angleterre. Sur une place près de la station King’s Cross, Margaret pointe elle du doigt les passants: «Lui, est-il Gallois? Et lui, Anglais? Je n’en sais rien. Ici, pour moi, tout le monde est Britannique…»

Défiance de tous les côtés

Pour autant, l’entente entre Anglais et Ecossais n’est pas parfaite, reconnaissent-ils. Et pas seulement durant les matchs de rugby. «Depuis quelque temps, un sentiment anti-Ecossais est en train de monter comme jamais en Angleterre, de même qu’un sentiment anti-Anglais a grimpé en Ecosse», déplore Bruce Anderson, en référence notamment aux critiques venues de Glasgow ou Edimbourg sur la politique jugée trop néolibérale et austère du pouvoir central. Illustration dans la rue avec Alex, un polo frappé du drapeau écossais. «Quand on me demande si je me sens Britannique, je réponds différemment selon l’interlocuteur. Si c’est un Anglais…»

Malgré tout, jeudi, ils en sont convaincus, le «non» devrait l’emporter lors du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. «A 55%», prédit même Ranald Macdonald. «L’Ecosse et l’Angleterre sont des frères siamois qui partagent des organes et qui ont grandi ensemble, métaphorise-t-il. Une opération serait donc hautement risquée.» Malheureusement pour lui, c’est bien plus au nord, loin de la capitale anglaise, que tout va se jouer ce jeudi.