Attention, bombe humaine

PORTRAIT Dominique Lorentz a enquêté sur le nucléaire iranien...

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Souvent elle s’est sentie comme une dissidente dans son propre pays. Dominique Lorentz a touché à l’intouchable, la nucléarisation de l’Iran, bien avant la crise actuelle. Il y a dix ans, cette petite brune nerveuse, devenue jeune journaliste après être passée par l’équipe de France de ski alpin, les Beaux-Arts, et une société de conseil, a commencé son enquête interdite.      

Montrer comment la France, durant les années 1970, a fourni la technologie nucléaire à l'Iran, avec l'assentiment des Etats-Unis et la complicité du Gabon de Bongo. Un secret qui touche tous les présidents, de Pompidou à Chirac : le fameux accord Eurodif, signé en 1974 avec le shah d'Iran et qui donnait à Téhéran l'accès à 10 % de l'uranium enrichi de la nouvelle centrale de Pierrelatte dans la Drôme. En 1979, avec la Révolution islamique et l'arrivée au pouvoir des mollahs, au début des années 1980, la France veut rompre le contrat, l'Iran refuse. Commence alors, selon Lorentz, une décennie de terreur. Les attentats de 1985-1986, les otages au Liban, l'assassinat de Georges Besse, patron de Renault mais surtout fondateur d'Eurodif... tout est lié selon elle au contentieux nucléaire.

Une « vérité cachée » qu'elle a tirée de sources ouvertes (voyages, traités et documents officiels) disséquées... à la Bibliothèque nationale. Cette méthode a affolé les services de renseignement, qui l'ont soupçonnée d'appartenir tour à tour au Mossad, à la CIA, ou à l'ex-KGB. Lorentz a écrit en 1997 un premier livre, Une guerre, refusé par les grands éditeurs, au point que son agent Laurent Beccaria, a dû créer sa propre maison, Les Arènes, pour qu'il existe, comme les deux suivants*. Ignorée par les médias, elle a connu «dix ans de folie» (intimidations, cambriolage...), qu'elle raconte dans son dernier ouvrage Des Sujets interdits, livre bilan pour « tourner la page ». Fini le nucléaire, Dominique Lorentz a « tout dit » et veut passer à autre chose, «vivre et profiter». Faire la bombe, en somme.

Bastien Bonnefous

Photos : V. Baillais / Lieu-dit* Affaires atomiques