Christine Lagarde encourage le Japon sur la voie d'«une société où les femmes peuvent briller»

JAPON L’Archipel nippon, où les postes décisionnaires sont essentiellement occupés par des hommes, organise ce week-end un «Davos des femmes» avec la directrice du FMI en invitée d'honneur...

Mathias Cena

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Le Premier ministre japonais Shinzo Abe accueille Christine Lagarde devant un restaurant de sushis, avant le «Davos des femmes», le 11 septembre 2014.
Le Premier ministre japonais Shinzo Abe accueille Christine Lagarde devant un restaurant de sushis, avant le «Davos des femmes», le 11 septembre 2014. — Kazuhiro Nogi/AP/SIPA

De notre correspondant à Tokyo,

«Il y a presque autant de femmes dans la salle que dans le nouveau gouvernement japonais», plaisante Caroline Kennedy, l’ambassadrice américaine au Japon. Hilarité dans le public de ce «Davos féminin» organisé à Tokyo jusqu’à dimanche, qui veut proposer une réflexion sur la manière de donner une plus grande place aux femmes dans l’économie.

Une question délicate au Japon, où l’expression «plafond de verre» prend tout son sens. Le pays figure à la 134e place mondiale (sur 188 pays) en termes de représentation des femmes au Parlement. Et dans les entreprises, les postes de direction ne sont occupés qu’à 11% par des femmes. Sans compter des incidents ces derniers mois à l’Assemblée municipale de Tokyo et au Parlement, où des hommes ont crié à des élues d’«aller faire des enfants». Du Premier ministre, Shinzo Abe, au président du syndicat patronal Keidanren, en passant par Christine Lagarde, tous les intervenants étaient d’accord sur le constat: le Japon doit faire plus pour la parité.

60% des femmes quittent leur emploi à la naissance de leur premier enfant

Un premier pas a été franchi lors du remaniement de la semaine dernière, lorsque Shinzo Abe, qui dit vouloir créer «une société où les femmes peuvent briller», a fait passer le nombre de femmes ministres femmes de deux à cinq, égalant le «record national». Les femmes, qui représentent maintenant un quart du gouvernement, occupent y compris des ministères clés comme l’Economie ou la Justice.

«On ne peut pas dire que le Japon soit parmi les bons élèves», a convenu le Premier ministre, estimant que «le plus difficile est de changer les mentalités et la répartition des rôles entre les sexes, fermement ancrée dans la société». «Les hommes au bureau et les femmes à la maison» est encore un modèle dominant au Japon, où 60% des femmes quittent leur emploi à la naissance de leur premier enfant.

Heures supplémentaires

Soulignant que «l’obstacle majeur» était le problème de la garde des enfants, qui empêche les femmes qui le souhaiteraient de continuer à travailler après la naissance, Christine Lagarde, l’invitée d’honneur de ce Davos, a appelé à «simplifier la paperasse» un gouvernement qui s’est déjà engagé à créer 400.000 nouvelles places de garderie d’ici 2018.

Saluant les efforts du Premier ministre, la directrice du FMI l’a incité à aller plus loin, rappelant que les femmes japonaises étaient surreprésentées dans les emplois précaires. Elle a aussi évoqué l’importance démesurée donnée dans les entreprises au nombre d’heures supplémentaires au détriment de l’efficacité, racontant une anecdote du temps où elle dirigeait le cabinet d'avocats d'affaires Baker & McKenzie: «Le soir à 19h30, j’arpentais les couloirs en demandant aux gens ce qu’ils faisaient encore au bureau à cette heure et pourquoi ils ne l’avaient pas fait pendant la journée.»

Devant des participants venus du monde entier, dont la secrétaire d'Etat française chargée des Droits des femmes, Pascale Boistard, plusieurs personnalités ont rappelé que ces changements n’étaient «pas seulement dans l'intérêt des femmes, mais dans l'intérêt de l'économie». Christine Lagarde a ainsi estimé que le Japon pourrait augmenter son revenu par habitant de 4% s'il élevait progressivement le taux d'activité des femmes au niveau moyen des pays du G7.