Le porte-parole de Bush raconte le 11-Septembre dans un live-tweet passionnant

ETATS-UNIS Ari Fleischer fait revivre la journée telle qu'elle s'est déroulée de l'intérieur...

Philippe Berry

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George W. Bush, le 11 septembre 2001, à l'école primaire Emma Booker, en Floride.
George W. Bush, le 11 septembre 2001, à l'école primaire Emma Booker, en Floride. — E.DAPER/MAISON BLANCHE

«On va les avoir, ces bâtards.» C'est ce qu'a dit George W. Bush à son vice-président, Dick Cheney, à 12h25, un peu moins de trois heures après les attentats du 11 septembre 2001. Treize ans après, le porte-parole de la Maison Blanche de l'époque, Ari Fleischer, raconte sur Twitter la journée telle qu'elle s'est déroulée de l'intérieur, minute par minute.

8h40 J'étais dans la quatrième voiture du convoi présidentiel en route pour l'école primaire Emma Booker, en Floride.

8h46 Le vol 11 s'écrase sur la tour nord. Le convoi présidentiel était à quelques minutes de l'école.

8h50 Je reçois un message sur mon pager (on n'avait pas de Blackberry et l'iPhone n'existait pas) disant qu'un avion a percuté le World Trade Center. Karl Rove (conseiller de Bush) l'informe. On pense qu'il s'agit d'un accident.

9h00 POTUS (President of the United States) va dans une salle de réunion et appelle Condi (Condoleezza Rice, la secrétaire d'Etat). Il lui demande de débloquer des ressources pour aider New York, pensant toujours qu'il s'agit d'un accident. Après la conversation, le président va dans une classe et commence de lire un livre aux élèves. La presse est au fond de la salle.

9h03 Le vol 175 de United s'écrase sur la tour sud.

9h05 Le chef de cabinet de la Maison Blanche, Andy Card, interrompt le président et lui murmure à l'oreille que la seconde tour a été touchée. «L'Amérique est attaquée.» Je lui écris sur un bloc-notes «NE DIS RIEN POUR L'INSTANT» à la presse. Je voulais qu'il soit briefé avant de parler.

9h05 Le président continue sa lecture aux enfants pendant quelques minutes. Il dira plus tard qu'il voulait rassembler ses idées et projeter une image de calme. Michael Moore le critiquera pour ne pas être parti immédiatement.

Le président va dans une salle de réunion pour être briefé au téléphone.

Quelqu'un amène une télé dans la salle de réunion. Voici la scène.

9h30 Bush s'adresse à un groupe dans le gymnase, qui pensait entendre un discours sur l'éducation. Personne ou presque n'a entendu parler des attaques. Il n'y avait pas Twitter à l'époque. Voici ce qu'il leur a dit: «Aujourd'hui, nous vivons une tragédie nationale. Deux avions ont percuté le World Trade Center dans ce qui semble être une attaque terroriste (…). Nous ne céderons pas face au terrorisme. Et maintenant, rejoignez-moi dans une minute de silence.»

Nous avons rejoint le convoi qui nous a emmenés (à toute vitesse) vers Air Force One, pour retourner à Washington.

9h37 Le vol 77 d'American Airlines s'écrase sur le Pentagone. POTUS est averti au téléphone, soit par quelqu'un du Secret Service, soit par Condi, je ne me souviens plus.

9h45 On embarque à bord d'Air Force One. Le pilote, Mark Tillman, m'a dit 10 ans plus tard qu'on avait décollé plus verticalement que d'habitude car on avait des informations sur la présence possible d'un sniper en bout de piste. La tour de contrôle lui a également dit qu'un avion non identifié s'approchait d'Air Force One (il s'agit en fait d'un avion de ligne dont le système de communication était en panne).

9h59 La tour sud du World Trade Center s'effondre. A bord, la retransmission télé coupe régulièrement. Le système de communication d'Air Force One a depuis largement été amélioré. Bush au vice-président, par téléphone: «Nous sommes en guerre. On va s'occuper de ça. Quand on saura qui est responsable, quelqu'un va payer.»

10h07: Le vol 93 de United s'écrase dans un champ en Pennsylvanie. On nous avait dit juste avant qu'il y avait encore trois avions «manquants». On pensait qu'il y avait encore deux attaques à venir. Les militaires passent en mode «Guerre froide» pour protéger POTUS. On vole à 45.000 pieds (15.000 mètres) sur une trajectoire aléatoire.

Un appel arrive ensuite disant «Angel est le suivant», du nom de code d'Air Force One. Le pilote demande une escorte d'avions de chasse et à un agent du Secret Service de monter la garde devant le cockpit. Il craignait une attaque de l'intérieur.

Bush dit au vice-président: «On va trouver qui a fait ça et leur botter le cul.»

[pause] Air Force One se pose sur une base militaire en Floride pour que le président puisse s'adresser à la nation.

12h25 Bush appelle Cheney dans le PEOC (le bunker sous la Maison Blanche). «C'est important que les gens voient le gouvernement fonctionner. On va les avoir, ces bâtards. C'est une nouvelle guerre. Ce sont des lâches sans visage qui attaquent.»

12h55 Bush appelle Rumsfeld (le secrétaire à la Défense): «C'est une tragédie nationale. On va faire le ménage et ensuite ce sera à vous et au général Dick Myers de répondre.»

Bush tient ensuite ce discours à la nation: «La liberté, elle-même, a été attaquée ce matin par des lâches sans visage, et la liberté sera défendue.»