« La pilule est dure à avaler, mais il faut avancer »

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D'un pas vif, Gerry Adams passe devant la grande fresque de Bobby Sands, un héros de l'IRA mort d'une grève de la faim en 1981. Le leader du Sinn Féin serre quelques mains à la va-vite, échange un rapide signe avec une vieille connaissance et distribue une brochure à une mère de famille. Gerry Adams est en terrain conquis à Falls Road, un quartier catholique de l'ouest de Belfast en Irlande du Nord. Les voitures klaxonnent pour le célébrer, les commerçants le félicitent, les écoliers lui courent après et l'interpellent par son prénom. Les élections pour l'Assemblée d'Irlande du Nord se déroulent aujourd'hui. Presque une décennie après la fin de plus de trente ans de violences qui auront fait 3 700 morts, un véritable accord politique entre les anciens ennemis semble enfin à portée de main. Malgré la dimension historique de l'élection, Gerry Adams, l'un des politiciens irlandais les plus connus au monde, ne s'attarde pas dans les rues de Belfast.« La volonté populaire est qu'il y ait un partage du pouvoir, poursuit-il. Maintenant, les gens veulent qu'on s'occupe de leurs vrais problèmes. » Ce ras-le-bol de la politique est perceptible partout en Irlande du Nord. Les jeunes, par exemple, ne cachent pas leur lassitude et disent n'aspirer qu'à une vie normale. « On ne peut pas vivre en permanence dans le passé, explique aussi Shaun Collins, un boucher qui vient de serrer la main à Gerry Adams. Si les politiciens laissent les gens vivre ensemble, la cohabitation entre les communautés est possible. » En attendant, les communautés protestantes et catholiques de la ville vivent toujours séparées par trente-sept murs. Barbelés et fenêtres grillagées restent monnaie courante. La méfiance demeure. Mc Gerry, maçon de 50 ans, et Brian, chauffeur de taxi de 45 ans ne s'en cachent pas. Fervents républicains, ils soutiennent le Sinn Féin depuis toujours. « La pilule est dure à avaler, reconnaît Brian. Mais il faut avancer. » A Belfast, Eric Albert