Irak: Premières frappes américaines contre les jihadistes dans l'ouest du pays

MONDE Washington s’emploie à bâtir une coalition pour tenter d’en finir avec les extrémistes…

20 Minutes avec AFP

— 

Barack Obama après son discours sur l'économie, l'Irak, la Syrie et l'Ukraine, à la Maison blanche, le 28 août 2014.
Barack Obama après son discours sur l'économie, l'Irak, la Syrie et l'Ukraine, à la Maison blanche, le 28 août 2014. — Evan Vucci/AP/SIPA

Les avions de combat américains ont étendu pour la première fois à l'ouest de l'Irak leur zone de frappes contre les jihadistes afin de protéger un barrage vital, au moment où Washington s'emploie à bâtir une coalition pour tenter d'en finir avec ces extrémistes.

Jusque-là, les Etats-Unis avaient concentré leurs frappes sur les positions de l'Etat islamique (EI) au nord de Bagdad, aidant l'armée appuyée par les combattants kurdes et les miliciens chiites à reprendre quelques secteurs à l'EI, principalement le barrage de Mossoul, le plus important du pays.

Atrocités en Irak et en Syrie

Ce groupe, responsable d'atrocités en Irak mais aussi en Syrie voisine, avait pris dès janvier des secteurs de la province à majorité sunnite d'Al-Anbar, frontalière de la Syrie, et y avait ensuite renforcé son emprise en s'emparant de nouvelles villes à la faveur de son offensive lancée le 9 juin en Irak.

«A la demande du gouvernement irakien, les forces militaires américaines ont attaqué les terroristes de l'EI près de Haditha (...) en soutien aux forces de sécurité et aux tribus sunnites protégeant le barrage», a annoncé le Commandement central américain à Washington.

Protéger le barrage

Les frappes avaient pour objectif «d'empêcher les terroristes de menacer la sécurité du barrage qui reste sous contrôle des forces irakiennes soutenues par les tribus sunnites», a affirmé le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby.

Une éventuelle prise par l'EI de ce barrage, «ou sa rupture catastrophique -avec les inondations qui en résulteraient- pourraient menacer le personnel et les installations américaines dans et autour de Bagdad, de même que des milliers de citoyens irakiens», selon lui. Les jihadistes de l'EI ont tenté à plusieurs reprises, en vain, de s'emparer du barrage de Haditha, le deuxième plus important d'Irak pour la production d'électricité selon Washington.

Des armes envoyées aux forces kurdes

Après le départ du pouvoir du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki, honni par la minorité sunnite concentrée à Al-Anbar, les membres des tribus sunnites ont annoncé avoir pris les armes contre l'EI, en soutien aux forces irakiennes. L'extension des frappes américaines témoigne de la détermination des Etats-Unis à combattre l'EI, moins de trois ans après le départ des dernières troupes américaines du pays.

Outre les frappes, l'administration de Barack Obama a envoyé des armes aux forces kurdes et plus de 800 conseillers militaires et soldats pour aider les troupes irakiennes et défendre le personnel américain à Bagdad et Erbil, la capitale du Kurdistan autonome.

Décapitation de deux journalistes

Mais Barack Obama s'active surtout à mettre en place une forte coalition contre ce groupe qui compte dans ses rangs des centaines de combattants européens et américains, qui risquent d'exporter en Occident leurs actes de «terrorisme».

Outre ses exactions -viols, exécutions, enlèvements et persécutions- contre les habitants des régions qu'ils contrôlent en Irak et en Syrie, l'EI a décapité deux journalistes américains enlevés en Syrie -James Foley et Steven Sotloff- et menacé un otage britannique du même sort. Ces décapitations montrées dans des vidéos ont soulevé l'indignation de la communauté internationale, l'ONU affirmant que l'EI doit «être vainu.

Coalition contre l’EI

Le projet de coalition contre l'EI a commencé à s'esquisser vendredi en marge du sommet de l'Otan au Royaume-Uni, où Barack Obama s'est dit «confiant» que l'Otan et ses partenaires «sont prêts à rejoindre une vaste coalition» pour éradiquer l'EI.

Les représentants de dix pays (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie, Turquie, Pologne, Danemark, Canada, Australie) ont jeté, en marge du sommet, les fondements de cette coalition, les Etats-Unis espérant qu'elle puisse voir le jour d'ici fin septembre.

«Pas de troupes au sol» 

Selon les Américains, «pour être efficace», la coalition doit apporter un «soutien militaire» à l'Irak, «stopper le flux des combattants étrangers, contrer le financement de l'EI, et traiter la crise humanitaire» provoquée par la fuite de 1,8 million d'Irakiens face aux violences en 2014. Pour tous les partenaires néanmoins «la ligne rouge est: pas de troupes au sol», a résumé le secrétaire d'Etat John Kerry attendu prochainement dans la région.

John Kerry s'est entretenu au téléphone samedi avec le patron de la Ligue arabe Nabil Al-Arabi de la «nécessité» pour l'organisation, dont une réunion ministérielle est prévue dimanche au Caire, «de prendre une position forte au sein de la coalition». L'Irak a salué cette coalition en soulignant qu'il avait «besoin d'un soutien fort» face à l'EI.

L’armée irakienne dépassée

En juin, l'armée s'était retrouvée complètement dépassée par l'offensive jihadiste, avant de se ressaisir et de reprendre ces dernières semaines quelques secteurs avec l'appui aérien américain, des forces kurdes et chiites. De l'autre côté de la frontière, en Syrie, le régime a poursuivi ses frappes contre l'EI dans son bastion de Raqa (est), tuant 53 personnes dont 31 civils et 15 jihadistes, selon une ONG.

La question d'une éventuelle intervention étrangère contre l'EI en Syrie reste en suspens, les Occidentaux excluant pour le moment toute coopération avec le régime.