L'auteur de «l'Immeuble Yacoubian» soigne les maux par les mots

LITTERATURE Alaa El Aswany est écrivain le matin et dentiste le reste de la journée...

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C'est dans son cabinet qu'Alaa El Aswany reçoit les visiteurs. La porte s'ouvre, une carrure se dessine, imposante. Au fond à gauche, le fauteuil du dentiste. En face, l'ordinateur de l'écrivain. Le succès phénoménal de «L'Immeuble Yacoubian», vendu à 200.000 exemplaires dans le monde arabe,130 000 en France, traduit en seize langues et adapté au cinéma, n'a pas changé la vie de son auteur. Les deux facettes de sa double vie - écrivain le matin et dentiste le reste de la journée - se complètent et se nourrissent. Dans son cabinet, au gré des détartrages, il recueille les joies et les tourments du monde qu'il met en mots dans ses romans.Le dernier en date, Chicago *, vient de sortir en Egypte et s'arrache déjà en librairie. Treize mille exemplaires vendus en un mois : un succès rare dans un pays où le tirage d'un roman dépasse rarement les 2 500 exemplaires. Cette fois, l'auteur quitte les bords du Nil, où il est né en 1954, pour les Etats-Unis, où il a étudié à la fin des années 1980. Mais, à chaque page, l'Egypte reste présente, à travers ses personnages d'expatriés, en proie à la nostalgie du pays, aux doutes, à leurs contradictions. Véritable phénomène littéraire en Egypte, l'auteur est apprécié par l'élite pour les thèmes qu'il traite sans détour : racisme, hypocrisie, misère sexuelle. Dans les cercles islamistes, en revanche, il est conspué du fait de sa volonté de « battre en brèche l'opposition Orient-Occident ». Autant de réactions qui l'agacent, lui qui dit « ne pas connaître en avance le destin de ses personnages. Et découvrir leur vie, amusé ou surpris, au fil de l'écriture. » L'important, pour Alaa El Aswany, est de décrire des existences, dans leur complexité. Laisser la parole vivre et donner voix au peuple. Cela lui vaut d'être salué par les spécialistes du monde arabe pour avoir fait, avec L'Immeuble Yacoubian, oeuvre de sociologie. « C'est le livre qu'il faut lire pour comprendre ce qui se passe dans les profondeurs des sociétés du Moyen-Orient à l'heure d'Al-Qaida », affirme ainsi Gilles Kepel, spécialiste du monde arabe.


Au Caire, Stéphanie Floray (avec A. L. G.)