Vente de Mistral à la Russie: Les questions que pose la décision française

UKRAINE Le report de la livraison du premier des deux navires militaires Mistral à Moscou menace plusieurs pans de notre économie…

Nicolas Beunaiche

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Le Vladivostok, un bâtiment de type Mistral commandé par la Russie aux chantiers navals STX de Saint-Nazaire, le 23 juin 2014
Le Vladivostok, un bâtiment de type Mistral commandé par la Russie aux chantiers navals STX de Saint-Nazaire, le 23 juin 2014 — Jean-Sébastien Evrard AFP

Le Vladivostok restera bien au port de Saint-Nazaire. Ce jeudi, François Hollande a confirmé, lors du sommet de l’Otan de Newport, la décision de l’Elysée de reporter la livraison du premier des deux navires de guerre Mistral à Moscou en raison de l’aggravation de la situation en Ukraine. Une bourrasque qui menace désormais les salariés de Saint-Nazaire, les marins russes qui y sont en formation, mais aussi l’avenir des Mistral eux-mêmes. 20 Minutes fait le point sur les questions que pose la décision française.

Les emplois de Saint-Nazaire sont-ils menacés?

«Les contrats sont toujours en cours, le président me l’a confirmé.» Le maire PS de Saint-Nazaire, David Samzun, s’est montré confiant, jeudi, sur l’avenir des chantiers navals de sa ville. Mais du côté des syndicats, l’inquiétude est toutefois de mise. Si la CFDT a qualifié de «compréhensible» la décision de l’Elysée, elle dit aussi craindre l’impact de la poursuite de la crise ukrainienne sur les emplois concernés (300 à 400) par la construction du second navire. «Si l’annonce du président se concluait par l’arrêt de la construction, ce seraient des centaines d’emplois qui seraient mis en difficulté aussi bien chez STX que chez les sous-traitants. C’est inacceptable, intolérable», a réagi pour sa part la CGT.

Que vont devenir les marins russes en formation à Saint-Nazaire?

Difficile à dire. «On peut penser qu’ils devront rentrer si la crise se poursuit, estime Tatiana Kastoueva-Jean, chercheur à l’Ifri. Mais ce n’est qu’une supposition…» Selon les éléments recueillis par une correspondante de l’AFP, les marins russes, arrivés en juin à Saint-Nazaire, ont en tout cas repris leur formation chez STX sur le Vladivostok, dont la construction est terminée.

La France va-t-elle payer des pénalités à la Russie?

Là encore, difficile de répondre avec certitude à la question, compte tenu du silence des autorités. «La décision a été prise en début de semaine. Le contrat est suspendu jusqu’en novembre. C’est à cette date que l’on verra s’il y a des conséquences financières», a simplement indiqué une source diplomatique française à l’AFP, ajoutant toutefois que celles-ci «pourraient nous coûter un milliard d’euros». Interrogé par l’AFP, le groupe DCNS (codétenu par l’Etat et le groupe Thales), fabricant du Mistral, n’a en revanche pas souhaité communiquer sur le prix d’une non-livraison pure et simple, se refusant à tout commentaire.

La France peut-elle revendre ses navires Mistral à un autre pays?

Théoriquement, c’est possible. A ce sujet, François Heisbourg, conseiller spécial de la Fondation pour la recherche stratégique, expliquait ainsi aux Echos mercredi qu’une solution pourrait être «une décision de l’Union européenne d’appliquer rétroactivement l’embargo sur les ventes d’armes à la Russie». «En mutualisant une décision de non-livraison, on peut aussi imaginer que les membres de l’Union européenne ou de l’Otan déclarent un rachat symbolique des Mistral», imaginait-il également. Une suggestion déjà émise il y a plusieurs semaines par des élus américains et allemands, du parti d’Angela Merkel. «Peut-être l’armée française en a-t-elle également besoin», ajoute Dominique Colas, professeur à Sciences Po. Enfin, dernière option: des Etats en mal de navires de guerre pourraient se porter acquéreurs des Mistral. C’est ainsi que, ces derniers jours, les pistes japonaise et canadienne ont été évoquées.