Contrat Mistral suspendu: «Sage décision» pour Washington, stupéfaction et colère chez les ouvriers

ARMEMENT Le contrat ulcérait Washington depuis plusieurs mois...

W.M. avec AFP

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Vue prise le 9 mai 2014 du Vladivostok, le navire militaire Mistral construit pour la Russie à Saint-Nazaire
Vue prise le 9 mai 2014 du Vladivostok, le navire militaire Mistral construit pour la Russie à Saint-Nazaire — Jean-Sébastien Evrard AFP

Les Etats-Unis ont salué mercredi «la sage décision» prise par la France de suspendre la livraison du premier navire de guerre Mistral à la Russie, un contrat qui ulcérait Washington depuis des mois.

 

Dans un bref mail adressé à l’AFP, la porte-parole du département d’Etat Jennifer Psaki a repris les termes du communiqué de la présidence française annonçant la suspension du contrat: «Nous pensons que c’est une sage décision», a écrit la responsable américaine. La diplomatie américaine n’a pas commenté davantage le geste de Paris, à la veille du sommet de l’Otan au Pays de Galles.

>> Lire: Le gel de la vente du Mistral à la Russie a-t-il des conséquences pour la France?

Morin salue la décision, Mélenchon parle de trahison

Si Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la République, ne voit pas en quoi cette décision aura «un quelconque effet sur la position russe dans le conflit ukrainien», Jean-Vincent Placé, sénateur EELV s’étonne sur i-Télé du temps pour prendre cette décision. «Mieux vaut tard que jamais. Nous, écologistes, le disons depuis le début de la crise ukrainienne (…) On arrive à un moment où il faut être assez précis dans le rapport de forces. Et le rapport de forces, il redevient militaire».

Dans le même temps, Eric Morin (UDI), ancien ministre de la Défense, s’est félicité de la décision de François Hollande. Il «a raison. J’ai dénoncé le fait que nous livrions ces bâtiments. Il est impensable que la France puisse livrer des bâtiments de guerre à un pays qui ne respecte ni le droit international, ni la souveraineté d’un pays voisin», a-t-il déclaré à Tours en marge de sa campagne pour l’élection à la présidence de l’UDI. «Face à cela, la France se doit de réagir comme l’Europe en étant extrêmement ferme», a estimé l’ancien ministre. «Nous étions dans un schéma qui confinait à la lâcheté, d’Européens qui concédaient grosso modo tout» au président russe Vladimir Poutine, a-t-il estimé.

De son côté Jean-Luc Mélenchon, député européen, Parti de gauche souligne une «trahison». «François Hollande commet une trahison insupportable qui dévalorise totalement la parole donnée par notre pays et raye la France comme fournisseur indépendant de matériel de défense», indique-t-il dans un communiqué. Florian Philippot, vice-président du Front national, partage cet avis.
«Si vraiment Hollande envisage de ne pas livrer les Mistral alors il ruine la crédibilité de la France dans le seul but d’obéir à Washington».

Syndicats révoltés

A l’inverse, les ouvriers FO des chantiers navals STX de Saint-Nazaire se sont dits stupéfaits et scandalisés. «C’est une réaction de stupéfaction et de scandale», a déclaré Jean-Marc Perez, secrétaire adjoint FO, syndicat minoritaire chez STX, qui sous-traite la construction des deux bâtiments Mistral pour le compte de DCNS.

«Si l’annonce du président se concluait par l’arrêt de la construction, ce seraient des centaines d’emplois qui seraient mis en difficulté aussi bien chez STX que chez les sous-traitants. C’est inacceptable, intolérable», a-t-il ajouté.