État islamique: Pourquoi la Grande-Bretagne «n'a pas d'autre choix que d'intervenir»

TERRORISME Après l’exécution de Steven Sotloff, l’Etat islamique a menacé hier de tuer un otage britannique, David Haines…

Romain Lescurieux

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Un groupe de combattants de l'Etat islamique (EI) en parade dans la ville de Rakka en Syrie.
Un groupe de combattants de l'Etat islamique (EI) en parade dans la ville de Rakka en Syrie. — Uncredited/AP/SIPA

Au moment où François Hollande souligne l'«importance d’une réponse politique, humanitaire et si nécessaire militaire dans le respect du droit international» face à la menace de l’Etat islamique, la Grande-Bretagne se rapproche des Etats-Unis et envisage des frappes aériennes. Element déclencheur: La mise à mort d’un second journaliste américain et une menace sur un ressortissant britannique.

Toujours la même mise en scène macabre. Deux semaines après l’exécution de James Foley, l’Etat islamique a mis en ligne ce mardi une vidéo authentifiée ce mercredi par la Maison Blanche- montrant la décapitation d’un autre journaliste américain, Steven Sotloff, par un djihadiste au visage cagoulé. Ce dernier présente ensuite un autre otage, un Britannique, identifié comme étant David Haines et menace de l’exécuter à son tour. La séquence s’achève sur cet ultimatum.

Même scène, même bourreau? Selon le New York Times, cette personne à l’accent londonien -identifié dans les deux vidéos- est le même. Mais pour le moment aucun lien n’a été établi. En effet, les services de renseignement et de contre-espionnage, MI5 et MI6, n’ont toujours pas confirmé pour le cas de James Foley, que cet homme est Abdel-Majed Abdel Bary, comme le mentionne les médias britanniques. Néanmoins, la situation d’un djihadiste présumé d’origine anglaise exécutant un «compatriote», met la Grande-Bretagne sous tension.

Londres travaille «dur pour assurer la sécurité des citoyens britanniques»

Le Premier ministre David Cameron a convoqué ce mercredi une réunion interministérielle de crise. Le comité Cobra -chargé de répondre à des situations d’urgence- s’est également réuni pour discuter de la réponse à apporter.

Lors de cette réunion, David Cameron s’est montré ferme. «Nous ne nous laisserons pas intimider ni dicter notre conduite par les djihadistes», a-t-il déclaré. Londres travaille «dur pour assurer la sécurité des citoyens britanniques et nous allons continuer à faire tout ce que nous pouvons pour protéger notre pays et notre population de ces terroristes barbares», avait-il affirmé un peu plus tôt dans la matinée. Pour certains spécialistes, la Grande-Bretagne se retrouve dans cette situation délicate pour plusieurs raisons.

«La Grande-Bretagne comme les Etats-Unis ne négocient pas pour leurs otages»

Selon Jean-Luc Marret, chercheur à la fondation pour la Recherche Stratégique et spécialiste du terrorisme, l’Etat Islamique a moyen de faire pression sur les pays occidentaux, car ils ont de nombreux combattants européens de leurs côtés. Et notamment britanniques. «Par rapport à leur population, l’Angleterre a un taux de citoyens partis faire le djihad assez haut». Selon les estimations du gouvernement de David Cameron, entre 400 et 500 Britanniques font partie des rangs de l’EI. Mais pour le député Khalid Mahmoud, interrogé par Newsweek, le chiffre s’approcherait plutôt de 1.500.

>> Lire l’article: «La base de l’Etat islamique c’est l’Angleterre»

Autre raison: la politique de négociations du pays. «La Grande-Bretagne comme les Etats-Unis ne négocient pas pour leurs otages», poursuit Jean-Luc Marret, ce qui pourrait engendrer à termes de nombreuses autres exécutions. Mais pour le spécialiste, l’Angleterre a davantage à craindre sur son propre sol. «Les djihadistes qui reviennent de la région et qui ont été en contact avec l’EI peuvent commettre des attentats. Le risque est important car ils sont nombreux en transit.».

Face à cette situation, David Cameron a d’ores et déjà annoncé ce lundi au Parlement sa décision de faire voter de nouvelles mesures pour lutter contre l’activisme islamiste. Le but: procéder à des interdictions provisoires d’entrée sur le territoire de présumés extrémistes et saisir les passeports de personnes soupçonnées de vouloir rejoindre les rangs djihadistes.

Vont-ils intervenir en Irak?

Déployé pour une mission humanitaire, le Royaume-Uni qui accueille jeudi un sommet de l’OTAN, envisage désormais de s’associer aux frappes américaines. En effet, Londres examinera «toutes les options disponibles» pour protéger l’otage britannique, a déclaré mercredi le ministre des Affaires étrangères Philip Hammond. «Si nous estimons que des frappes aériennes peuvent être bénéfiques. Alors nous les envisagerons certainement, mais nous n’avons pas encore pris de décision à ce stade», a-t-il ajouté.

«Politiquement et diplomatiquement, David Cameron n’a pas vraiment d’autre choix que d’afficher sa volonté de s’engager aux côtés des Américains et d’intervenir», mentionne Anne Giudicelli, consultante en risques politoco-sécuritaire chez Terrorisc. Selon elle, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis -en plus d’être alliés- sont liés sur le dossier irakien. «L’expérience de 2003 reste un traumatisme pour les deux pays, la situation actuelle renvoie à un échec de la stratégie menée alors, et auquel il faut aujourd’hui répondre. Mais il n’est pas sûr en revanche de pouvoir convaincre le Parlement».