Ebola: La mobilisation internationale, seul remède au virus

EPIDEMIE Médecins sans frontières dénonce l’inaction des Etats et des organisations internationales…

Nicolas Beunaiche

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Un homme porte un sac du Programme alimentaire mondial à Dolo, au Libéria, le 2 septembre 2014.
Un homme porte un sac du Programme alimentaire mondial à Dolo, au Libéria, le 2 septembre 2014. — DOMINIQUE FAGET / AFP

«Le monde est en train de perdre la bataille.» Alors que le virus Ebola gagne du terrain en Afrique de l’Ouest, la présidente de Médecins sans frontières (MSF), Joanne Liu, a tiré la sonnette d’alarme mardi, dans un discours très critique envers la communauté internationale prononcé aux Nations unies. Si les efforts se poursuivent pour trouver un traitement -150 experts ont rendez-vous jeudi à Genève pour discuter de l’avancée des recherches-, les Etats rechignent en effet, de leur côté, à mobiliser des moyens humains et matériels pour faire face à l’épidémie, regrette l’ONG. Or sans moyens, disent les spécialistes, le virus a de beaux jours devant lui.

«Une épidémie d’Ebola est en théorie facile à gérer, explique le Dr Sylvain Baize, spécialiste du virus en France. Mais il faut traiter le problème de façon exhaustive et ne pas laisser un seul malade dans la nature. Or la dimension de cette épidémie rend la chose très difficile…» En Guinée, ce sont ainsi 1.000 personnes en contact avec des individus infectés qu’il faudrait idéalement suivre tous les jours, précise le médecin. Un travail colossal que les Etats touchés et les ONG comme Save the Children, Action contre la faim ou MSF, présentes sur le terrain, ne peuvent assurer seuls, s'accordent à dire les deux dernières.

Des cadavres contagieux

Dans leur soutien à ces Etats «dépassés», les équipes médicales «manquent en effet cruellement de moyens», déplore Claire Magone, porte-parole de MSF, qui revient du Sierra Leone. Et l’ONG de lister les priorités: «Dans l’immédiat, le nombre et la capacité des centres de traitement disposant de services d’isolement doivent augmenter, du personnel qualifié doit être déployé, davantage de laboratoires mobiles doivent être installés pour améliorer les possibilités de diagnostic […] et un réseau régional de centres de traitement doit être créé pour soigner les cas suspects ou confirmés parmi le personnel médical.»

Pour freiner la contagion, MSF pointe aussi la nécessité de sensibiliser les populations à l’importance de l’hygiène, alors qu’en Sierra Leone, par exemple, les cadavres, hautement infectieux, pourrissent dans les rues. «Des centres de triage doivent également être mis en place, les dispositifs de gestion des cadavres doivent être développés, des articles d’hygiène doivent être distribués à large échelle, et les capacités de surveillance active doivent être augmentées», souhaite par ailleurs l’organisation.

L’exemple d’Haïti

Ne reste plus qu’à attendre la réponse de la communauté internationale. «Les Etats en capacité de répondre à une épidémie doivent se mobiliser d’urgence car les zones touchées par Ebola ont besoin de l’expertise des services de santé des armées, martèle Claire Magone, qui interpelle notamment la France, les Etats-Unis, la Russie, la Chine ou encore la Grande-Bretagne. Il ne suffit plus d’envoyer des experts ici ou là…»

L’ONU semble, elle, déjà convaincue de l’urgence de la situation. Aux Nations unies, mardi, le Dr. David Nabarro, coordinateur de l’organisation pour Ebola, a ainsi évoqué la nécessité d’une «coalition inhabituelle» pour la combattre. Son secrétaire général adjoint, Jan Eliasson, a quant à lui assuré que l’ONU allait devoir «impliquer davantage les Etats membres dans la coordination» de la lutte contre Ebola. Selon lui, la mobilisation qui avait suivi le tsunami en Asie du sud-est et le séisme en Haïti, «où les pays membres ont assumé un rôle plus actif», pourrait notamment servir d’exemple.