L'UE se dote de deux nouveaux visages: le Polonais Tusk et l'Italienne Mogherini

EUROPE Donald Tusk prend la tête du Conseil et Federica Mogherini devient chef de la diplomatie européenne, au moment où l'Europe affronte sa plus grave crise depuis la fin de la guerre froide avec le conflit en Ukraine…

A.B. avec AFP

— 

Le Premier ministre polonais Donald Tusk, à Budapest, le 29 janvier 2014
Le Premier ministre polonais Donald Tusk, à Budapest, le 29 janvier 2014 — Attila Kisbenedek AFP

L’UE a complété son trio de tête. Le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker avait été désigné fin juin président de la Commission européenne. L’équilibre politique reste inchangé: deux conservateurs et une socialiste.

Un Polonais pour succéder à Van Rompuy

Avec la nomination de Donald Tusk, c’est la première fois qu’un pays de l’Est obtient un des postes majeurs de l’UE, 25 ans après la désintégration du bloc communiste et 10 ans après leur adhésion à l’Union.

Premier ministre polonais depuis sept ans, Donald Tusk succédera début décembre à Herman Van Rompuy, qui a été le premier président permanent du Conseil, un poste stratégique chargé de coordonner le travail des chefs d’État et de gouvernement, et de représenter l’UE à l’étranger aux côtés du président de la Commission.

Donald Tusk «a été impliqué dans des décisions difficiles au cours des dernières années et des derniers mois, concernant l’euro, mais aussi les crises internationales comme l’Ukraine», a salué Herman Van Rompuy. «En bref, c’est un homme d’Etat pour l’Europe», a-t-il affirmé.

Un message clair à Moscou

Ancien pays du bloc communiste, la Pologne fait partie des États membres de l’UE les plus fermes à l’égard de la Russie depuis le début de la crise en Ukraine. Le choix de Donald Tusk envoie donc un message clair à Moscou.

La nouvelle équipe de dirigeants européens devra affronter trois défis majeurs, a affirmé M. Van Rompuy au cours d’une conférence de presse avec Donald Tusk et Federica Mogherini: une économie en stagnation, la crise en Ukraine, «la plus grave menace à la sécurité du continent depuis la guerre froide», mais aussi la place de la Grande-Bretagne dans l’UE.

«Je viens d’un pays qui croit profondément à ce que signifie l’Europe», a souligné Donald Tusk. «La situation autour de l’Europe a changé de manière considérable et nous avons besoin de personnes expérimentées».

Le choix de Merkel

Alors que son manque de maîtrise de l’anglais et du français était considéré comme un handicap, il a promis, dans un jeu de mot en anglais, qu’il allait «polir son anglais» (polish qui signifie aussi polonais). «Je serai prêt à 100 % en décembre», a-t-il ajouté, avant de poursuivre sa conférence de presse en polonais.

Evoquant les «défis importants qui attendent l’Europe», la chancelière allemande Angela Merkel, qui avait proposé son nom dès le mois de juillet, s’est félicitée de la nomination d’un «Européen qualifié, engagé et passionné, 25 ans après la chute du Mur».

Issu du mouvement Solidarité, qui a fait tomber le système communiste en Pologne en 1989, cet historien de formation s’est forgé l’image d’un homme efficace qui a dirigé son pays avec succès, notamment pendant la crise économique.

Même si la Pologne n’est pas membre de l’euro, Donald Tusk présidera aussi les sommets de la zone euro.

La protégée de Renzi

Federica Mogherini, 41 ans, présente un tout autre profil. Ministre des Affaires étrangères depuis seulement quelques mois, elle fait partie de la famille socialiste européenne et est considérée comme trop souple vis-à-vis de la Russie.

Après la victoire écrasante de son parti aux élections européennes, qui en a fait le premier parti de gauche en Europe, le Premier ministre Matteo Renzi avait exigé la nomination de sa protégée pour succéder en novembre à la Britannique Catherine Ashton.

Accusée d’être «pro-russe»

Elle a multiplié les voyages à l’étranger, notamment en Ukraine et en Russie. Sa rencontre avec le président Vladimir Poutine lui avait attiré de vives critiques de plusieurs pays d’Europe de l’est, qui l’avaient alors accusée d’être «pro-russe».

«Nous essayons de faciliter une forme de dialogue», s’est-elle défendue samedi soir. Elle a affirmé qu’il fallait «maintenir ouverte la voie diplomatique». «Nous savons tous qu’il n’y a pas d’option militaire», a-t-elle dit à l’adresse des faucons.

A ceux qui lui reprochent son manque d’expérience, la jeune femme a répliqué qu’elle représentait une «nouvelle génération de dirigeants» qui pensent que l’Europe «est un rêve devenu réalité, et que nous devons être attentifs à ce qu’il ne se transforme pas en cauchemar».