Fukushima: Le témoignage du directeur de la centrale crée la polémique

JAPON Les journaux pro et anti-nucléaire japonais s’opposent sur les enseignements qui pourront être tirés de ce témoignage, avant même sa publication...

M.C.

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Un employé de Tepco sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima, en avril 2014
Un employé de Tepco sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima, en avril 2014 — . Jiji Press

Que disent les responsables de Fukushima? Alors que le gouvernement japonais doit publier prochainement les retranscriptions d’auditions de protagonistes de l’accident de la centrale du nord-est japonais, accident qui devrait coûter le double de ce qui était prévu, les journaux nippons s’opposent déjà sur les enseignements qui pourront en être tirés.

Un témoignage alimente en particulier les éditoriaux, celui de Masao Yoshida, directeur de la centrale de Fukushima Daiichi au moment de la catastrophe de mars 2011, et décédé l’année dernière d’un cancer de l’œsophage. Celui-ci «ne voulait pas que l’on publie son témoignage, de peur de mauvaises interprétations», a déclaré le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga, ajoutant: «Toutefois la situation a changé, car une partie de son audition est déjà sortie dans la presse».

«Abandons de poste»

Le quotidien Asahi Shimbun, étiqueté à gauche et généralement anti-nucléaire, a en effet publié des extraits du témoignage de Masao Yoshida en mai, pour appuyer une argumentation contre le redémarrage des réacteurs nucléaires japonais. Selon l’interprétation du journal, 90 % des cadres de la centrale auraient désobéi à l’ordre du directeur le 15 mars 2011, allant se réfugier à 10km de là alors que plusieurs explosions avaient retenti et que les radiations devenaient plus fortes. Le quotidien s’est demandé dans un éditorial si, à la lueur de ces «abandons de poste temporaires», il était «convenable» de «confier les interventions en cas de catastrophe aux compagnies d’électricité».

Pour le journal de droite Sankei Shimbun, il ressort au contraire de ce témoignage que le directeur de la centrale mettait en cause la réaction «inefficace» du gouvernement, dirigé par le Premier ministre de l’époque Naoto Kan, qui partage les vues anti-nucléaire du Asahi Shimbun. Le Sankei a accusé le Asahi d’avoir déformé les faits, en réponse à quoi le Asahi a dénoncé «une insulte à l’honneur» du journal, émettant une protestation auprès de la direction du Sankei. Il est extrêmement peu probable que la publication des comptes-rendus d’auditions, le mois prochain, mette d’accord les pro et les anti-nucléaires.