Ukraine: Entre Moscou et Kiev, les négociations patinent

MONDE Réunis ce mardi à Minsk, Petro Porochenko et Vladimir Poutine ne sont parvenus à aucun résultat concret pour sortir du conflit en Ukraine…

Audrey Chauvet

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Vladimir Poutine, le président biélorusse Lukachenko et le président ukrainien Porochenko le 26 août 2014 à Minsk.
Vladimir Poutine, le président biélorusse Lukachenko et le président ukrainien Porochenko le 26 août 2014 à Minsk. — Alexei Druzhinin/AP/SIPA

Un «accident»: c’est ainsi que Vladimir Poutine a qualifié l’incursion de dix soldats russes en territoire ukrainien ce lundi. Alors que Kiev et Washington dénoncent ces incursions de plus en plus fréquentes de l’armée russe en Ukraine, les dirigeants russes et ukrainiens, réunis à Minsk ce mardi, tentaient de trouver une solution au conflit qui a déjà fait plus de 2.200 morts depuis quatre mois. Mais les discussions entre Petro Porochenko, le président ukrainien, et Vladimir Poutine n’ont pas permis d’aboutir à des solutions concrètes.

Stratégie du démenti

De leur tête-à-tête de plus de deux heures, les deux dirigeants ne sont pas ressortis avec le même sentiment. Petro Porochenko a évoqué des discussions «difficiles» et «quelques résultats» insuffisants pour mettre fin au conflit. Le président russe a pour sa part déclaré que la Russie était prête à «tout faire» pour le processus de paix en Ukraine lorsque celui-ci démarrera, tout en minimisant la portée de la capture de soldats russes en territoire ukrainien. Une stratégie du démenti que Moscou pratique depuis le début du conflit, aussi bien au sujet des incursions sur le territoire ukrainien que sur la fourniture d’armes aux insurgés pro-russes.

«On voit de plus en plus de matériel ou de citoyens russes passés en Ukraine "par erreur" et les séparatistes trouvent toujours des moyens de rebondir: cela signifie clairement qu’il y a toujours un soutien derrière ces mouvements», estime Laurent Chamontin, spécialiste de la Russie et de l’Ukraine et auteur de L’empire sans limites (éd. de l’Aube). L’Ukraine a développé une capacité à répondre mais si la Russie continue d’alimenter les séparatistes, il n’y a aucune raison pour que le conflit s’arrête.» Les rebelles pro-russes ont annoncé mardi avoir lancé une contre-offensive au sud de leur bastion de Donetsk et leur leader, Alexandre Zakhartchenko, a également déclaré que les rebelles n’accepteraient aucun «faux» cessez-le-feu de la part des autorités de Kiev.

Pressions des voisins biélorusses et kazakhs

Difficile dans ces conditions de trouver un accord pour mettre fin au conflit. D’après Laurent Chamontin, il y a «encore de la place pour une action diplomatique européenne ou américaine qui permettrait de réduire les tensions» mais les sanctions économiques déjà prises à l’encontre de Moscou ne semblent pas avoir beaucoup d’effet. Pour Dominique Colas, professeur à Sciences Po et spécialiste de la Russie, les négociations officielles seraient bien moins cruciales que celles qui se passent en sous-main entre les Etats-Unis et la Russie en lien avec l’armement nucléaire iranien et la Syrie.

Mais au final, ce seront peut-être les plus proches voisins de Moscou qui auront raison des velléités nationalistes de Poutine en Ukraine: «La Biélorussie et le Kazakhstan, qui est un allié économique majeur grâce à des richesses en pétrole et en gaz, peuvent voir d’un mauvais œil cette hégémonie revendiquée par la Russie sur les populations slaves des pays voisins. Ils peuvent être inquiets de se retrouver, à leur tour, domestiqués par Moscou», estime Dominique Colas.